Allyson Felix, légende de l’athlétisme et défenseuse des femmes afro-américaines

L’Américaine Allyson Felix, qui disputait ses cinquièmes JO à 35 ans, est entrée dans l’histoire du sport. En montant pour la 11e fois sur un podium olympique, elle a dépassé Carl Lewis et est devenue la deuxième athlète la plus médaillée de l’histoire. Une légende sur la piste, mais aussi en dehors qui se bat au quotidien pour les droits des femmes, notamment afro-américaines.

“J’ai attaqué ce relais en paix avec moi-même, en voulant juste tout donner. Cette équipe était vraiment spéciale parce que nous ne sommes pas toutes des coureuses de 400 m. C’était cool de refermer ensemble le chapitre Jeux olympiques de ma carrière. J’ai adoré ça”. C’est par ces mots qu’Allyson Felix a clôturé, samedi 7 août, sa longue carrière olympique en décrochant une 11e médaille. Elle était d’or sur ce relais 4 X 400 m, après avoir celle de bronze obtenue la veille en finale du 400 m. 

À 35 ans, l’Américaine est entrée dans la légende. À Tokyo, elle a confirmé son statut de reine des Jeux en devenant l’athlète féminine la plus médaillée de l’histoire des JO. La Californienne a même dépassé un autre monument de son sport, Carl Lewis, et s’est positionnée juste derrière le Finlandais Paavo Nurmi (12 médailles entre 1920 et 1928) dans les annales de la discipline.

Cette incroyable moisson de médailles, Allyson Felix l’a débutée en 2004 aux Jeux d’Athènes. À l’époque, elle n’a que 18 ans et fait déjà sensation en remportant la médaille d’argent sur 200 m derrière la Jamaïcaine Veronica Campbell, avec à la clé un nouveau record du monde junior.

Avec un père pasteur d’origine créole française qui enseigne le Nouveau testament, la jeune fille été élevée dans une atmosphère religieuse. À Athènes, elle attribue alors son incroyable don au “créateur”: “Ma foi est la raison pour laquelle je cours. J’ai vraiment l’impression d’avoir ce don incroyable que Dieu m’a accordé, et il s’agit de l’utiliser au mieux de mes capacités”.

Ses capacités physiques sont aussi à mettre à son crédit. Ses jambes, qui lui ont tôt valu le surnom de “Chicken legs” pour leur finesse, et sa foulée ample, fluide, incomparable, l’entraînent au sommet de l’athlétisme mondiale.

L’année suivante, lors des Mondiaux d’Helsinki, elle devient la plus jeune championne du monde de l’histoire du 200 m en dépassant sur le fil avec une incroyable accélération Veronica Campbell-Brown puis la Française Christine Arron. En 2007 à Osaka, elle vit  “un grand moment, comme en état de grâce” en réalisant un triplé 200 m, 4×100 m et 4×400 m. Dominatrice, l’Américaine échoue pourtant à décrocher sa première médaille d’or olympique individuelle à Pékin en 2008. Il lui faut attendre Londres quatre ans plus tard pour être sacrée sur le demi-tour de piste.

Donner une voix aux mères afro-américaines

Les années passent et sa collection de médailles ne cesse de s’alourdir. À Rio en 2016, elle décroche une médaille d’argent sur le 200 m et deux nouvelles médailles d’or en relais. Il est alors temps pour elle de faire une pause. En novembre 2018, Allyson Felix donne naissance à sa fille Camryn dans des conditions compliquées, après seulement 32 semaines de grossesse. La championne manque de mourir lors de son accouchement et son enfant doit rester presque un mois en soin néonatal.

Ce traumatisme, l’athlète l’a raconte quelques mois plus tard au Congrès américain lors d’une audition consacrée aux disparités raciales dans la mortalité maternelle aux États-Unis. À l’hôpital, “mes médecins m’ont dit que non seulement mon bébé était en danger, mais moi aussi”, explique la sportive. “La seule chose importante pour moi était que ma fille survive”. “La médecin est revenue avec des nouvelles encore pires : elle m’a dit que j’avais un cas grave de pré-éclampsie, et que cela pourrait être fatal si nous n’agissions pas immédiatement.”


La pré-éclampsie est une maladie fréquente de la grossesse liée à une hypertension artérielle. Souvent, les médecins décident de déclencher l’accouchement. L’équipe médicale a effectué une césarienne d’urgence pour faire naître la petite Camryn. “Elle ne pleurait pas mais elle respirait, c’est la seule chose qui comptait”, décrit Allyson Felix. Au bout d’un mois, Camryn et sa mère sont sorties de l’hôpital.

Chaque année, 700 Américaines meurent de complications liées à une grossesse. Mais toutes ne sont pas égales : les femmes noires sont trois à quatre fois plus à risque que les femmes blanches. “Je me suis rendu compte que mon histoire n’était pas rare, d’autres femmes étaient comme moi, noires, en bonne santé, et faisaient de leur mieux. Et pourtant, elles ont fait face à la mort, comme moi”, résume la star de l’athlétisme. “Je voudrais vraiment encourager les mères afro-américaines à avoir une voix, et à l’utiliser”, ajoute-t-elle. 

Les discriminations jouent un rôle clé dans ces complications, répètent les experts, études à l’appui – y compris pour les femmes noires aisées comme Allyson Felix ou la joueuse de tennis Serena Williams qui vivra elle aussi un accouchement difficile.

Un combat contre Nike

Cet événement entraîne aussi des tensions avec son équipementier de longue date Nike. La championne décide de prendre ouvertement la parole et de fustiger la politique envers les athlètes enceintes, en voyant que les émoluments dans son contrat avaient été réduits de 70 % pendant sa grossesse.

“Lorsque nous avons des enfants, nous risquons des baisses de rémunérations de la part de nos sponsors pendant et après la grossesse. C’est l’un des exemples qui prouve que l’industrie du sport est toujours dirigée par et pour les hommes”, écrit-elle dans une tribune du New York Times. De quoi faire plier la marque à la virgule, qui a juré qu’aucune sportive professionnelle enceinte ne serait plus pénalisée financièrement.

Pour la première fois de sa carrière, celle qui se voyait avant tout comme une sprinteuse, dont l’un des principes de base est précisément de rester dans son couloir, donne de la voix. Elle devient un exemple pour beaucoup sur et en dehors de la piste. 

Bientôt retraitée ?

Jamais rassasiée, son excellence au plus haut niveau l’a menée jusqu’à Tokyo, après une pandémie mondiale due au coronavirus qui l’a obligée à s’adapter dans sa préparation et à s’entraîner jusque dans la rue, faute d’installation ouverte. “J’ai l’habitude de me battre. C’est ce que je continue de faire, tout simplement”, résume-t-elle.

Allyson Felix a confirmé qu’il s’agissait bien de ses derniers Jeux, mais elle n’a pas encore officiellement annoncé quand elle allait raccrocher ses pointes. Elle pourrait participer aux Mondiaux organisés aux États-Unis l’an prochain. “Cela va être excitant de voir quel va être le prochain chapitre. Je peux avoir une mauvaise journée à l’entraînement, retourner chez moi et voir une petite personne qui n’en a absolument rien à faire, qui a besoin d’un bain et d’être nourrie. C’est une dynamique assez cool”, avait-elle récemment confié dans une interview. 

Avec AFP



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