Après l’affaire GameStop, les boursicoteurs engagés misent sur les gorilles

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Les boursicoteurs du dimanche du forum WallStreetBets se sont trouvés une nouvelle lubie depuis quelques jours : sauver les gorilles. Ils ont donné plus de 330000 dollars en quatre jours à des associations qui luttent pour la sauvegarde de ces primates. Un mouvement qui tient autant de la plaisanterie que de la volonté de se différencier des spéculateurs boursiers.

Tout a commencé avec Urungano. Cette jeune gorille rwandaise de trois ans a été “adoptée”, samedi 13 mars, au nom de… WallStreetBets, le célèbre repère de boursicoteurs du dimanche du site communautaire Reddit.

Un don de 60 dollars, fait par l’utilisateur Pakistani_in_Murica, n’a pas tardé à faire des émules parmi ces investisseurs amateurs, plus habitués à donner des sueurs froides aux fonds spéculatifs en misant sur des valeurs mal-aimées en Bourse comme GameStop.

“Singes, ensemble, forts”

Quatre jours plus tard, la communauté de WallStreetBets avait donné plus de 330 000 dollars à la fondation Dian Fossey pour la sauvegarde des gorilles. Le forum grouille désormais de “parents adoptifs” de ces singes qui, à côté de leurs actions GameStop, AMD ou Nokia, possèdent des certificats de parrainage qui ne leur rapportent pas un centime.

Cet étrange élan de générosité n’a pas échappé à la fondation Dian Fossey, qui a reconnu, sur Twitter, n’avoir jamais rien connu de tel. “Il y a environ 20 parrainages durant un week-end typique, et là, nous en avons enregistré plus de 20 000”, souligne cette association fondée par la célèbre militante de la cause des grands primates, assassinée en 1985. 

La fondation a aussi loué le bon sens financier de ces boursicoteurs. “Les gorilles sont un très bon investissement ! Ils vivent dans la deuxième plus grande forêt tropicale au monde qui est une défense naturelle contre le réchauffement climatique. En contribuant à sauver les gorilles, WallStreetBets aide à sauver la planète. Pas mal comme retour sur investissement, non ?”.

C’est d’ailleurs l’un des arguments développés par le cabinet de conseil McKinsey dans un rapport publié fin janvier 2021. Les investissements dans la préservation des forêts tropicales et de la biodiversité dans l’hémisphère sud y sont identifiés comme l’un des moyens financiers les plus simples pour contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, tout en favorisant un développement économique “durable” de ces pays.

Il y a, cependant, fort à parier que les utilisateurs de WallStreetBets n’ont pas épluché les travaux de McKinsey avant de se lancer dans le parrainage en masse de gorilles. Si le don initial de Pakistani_in_Murica a fait boule de neige c’est, avant tout, pour assouvir la soif d’humour de cette communauté. 

Les utilisateurs de ce forum se surnomment, en effet, les “singes” de la Bourse, en référence au film “La Planète des singes” de 2011 et à la réplique de l’un des primates : “Singes, ensemble, forts !”. “C’est un peu comme de la camaraderie entre singes, en fait”, explique l’un de ces internautes. “Les singes sauvent les singes” est d’ailleurs devenu l’un des cris de ralliement de cette communauté ces derniers jours.

Question d’image

Mais la blague ne fait pas tout. La débauche de dons s’inscrit aussi, à sa manière, dans le combat que WallStreetBets dit mener contre son ennemi juré : les fonds spéculatifs. Après la bataille de l’argent, illustrée par l’affaire GameStop dont l’un des buts revendiqués était de faire perdre des sommes folles aux spéculateurs professionnels, l’opération gorilles illustrerait la bataille de l’image.

“Je ne pense pas que vous verrez beaucoup de fonds spéculatifs réinvestir une partie de leurs gains dans des causes charitables comme nous l’avons fait”, a déclaré un modérateur de WallStreetBets, interrogé par le site du magazine américain Newsweek. D’autres utilisateurs du forum ont exprimé le même sentiment en termes plus crus, en postant les preuves de leurs propres donations. “Les investisseurs s’achètent des yachts, de la drogue et se paient des putes avec leurs profits, nous, nous sauvons des gorilles !”, assure l’un des promoteurs de cette action de parrainage, tandis qu’un autre ajoute “faisons en sorte de retirer les gorilles de la liste des espèces en danger pour y mettre les spéculateurs à la place”.

Preuve qu’il ne s’agit pas que d’une affaire de solidarité entre “primates” pour l’humour, les membres de WallStreetBets ont commencé à parrainer tous azimuts. Ils ont fait des donations à des associations luttant pour la sauvegarde des lamantins, des phacochères, des éléphants ou encore des léopards.

Et ils ne comptent pas se cantonner au règne animal. Plusieurs membres de cette communauté ont assuré qu’ils allaient reverser une partie des gains obtenus grâce à leurs paris, sur GameStop et autres, pour venir en aide à des commerces de proximité durement frappés par les conséquences de la crise sanitaire ou encore en faisant des dons à des hôpitaux. Mais il ne s’agit là encore que de déclarations d’intention qui ne sont pas encore étayées par des preuves, comme le sont les “parrainages” d’animaux.

Quoi qu’il en soit, ces boursicoteurs amateurs chercheraient à démontrer que “lorsque davantage de particuliers s’intéressent à la Bourse, les conséquences pour la société tout entière peuvent être plus bénéfiques que si cela ne reste qu’une affaire de banques et d’investisseurs institutionnels”, affirme un utilisateur de WallStreetBets, interrogé par CNN. Reste à savoir si une fois l’enthousiasme simiesque retombée, tous ces “singes” de la Bourse ne vont pas tout simplement retourner à leurs coups boursiers. Et oublier l’existence d’Urungano dans la jungle rwandaise.

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