Elizabeth Holmes, l’arnaqueuse de la Silicon Valley

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Les audiences pour l’un des procès les plus attendus de cette année aux États-Unis commencent mercredi. À la barre des accusés : Elizabeth Holmes, une entrepreneure qui, à son apogée, était présentée comme la nouvelle Steve Jobs et qui, aujourd’hui, est accusée d’avoir orchestré l’une des plus importantes fraudes de l’histoire de la Silicon Valley.

L’affaire a tous les ingrédients pour captiver l’Amérique et entrer dans les annales de l’histoire judiciaire du pays. La première audience du procès d’Elizabeth Holmes, star déchue de la Silicon Valley et ex-PDG de la start-up Theranos, commence mercredi 8 septembre, avec les déclarations liminaires de ses avocats et du procureur, qui l’accuse de fraude à grande échelle et espère la mettre en prison pour 20 ans.

On en saura alors un peu plus sur la stratégie des uns et des autres dans ce procès qui, par bien des aspects, est l’un des plus attendus de ces dernières années.

Jennifer Lawrence en Elizabeth Holmes

D’abord, parce que l’affaire Theranos a dépassé la seule sphère technologique pour devenir un véritable phénomène culturel aux États-Unis. Le livre – “Bad Blood” – qui retrace l’enquête ayant permis en 2015 au journaliste du Wall Street Journal John Carreyrou de faire tomber Elizabeth Holmes est un best-seller depuis sa sortie en 2018.

L’histoire de Theranos, cette start-up qui promettait de révolutionner les tests sanguins et de sauver des millions de vies sans jamais prouver la validité de sa technologie, a fait l’objet de multiples podcasts (“The Drop Out”, “Thicker Than Water”) et d’un documentaire à succès produit par la chaîne HBO (“The Inventor: Out for Blood in Silicon Valley”).

Même Hollywood s’est emparé de la vie d’Elizabeth Holmes, qui sera incarnée à l’écran par la superstar Jennifer Lawrence, dans une adaptation du best-seller de John Carreyrou prévue pour 2022.

Pas étonnant que les grands studios de cinéma aient été séduits par le parcours hors du commun d’Elizabeth Holmes. Tour à tour considérée comme l’équivalent féminin de Steve Jobs, puis rabaissée au rang de Bernie Madoff (le financier condamné à 150 ans de prison pour escroquerie, NDLR) de la Silicon Valley, elle a aussi été accusée, dans le livre “Bad Blood”, d’être une psychopathe qui a joué avec la vie de milliers de gens pour son simple enrichissement personnel.

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Peu après avoir fondé Theranos en 2003, Elizabeth Holmes avait annoncé que sa machine pouvait réaliser plus de 200 tests médicaux à partir d’une simple goutte de sang. Une technologie “révolutionnaire” permettant une détection précoce de centaines de maladies et facilitant le suivi médical de pathologies lourdes comme les cancers. De quoi donner espoir à des millions de patients atteints de maladies graves.

C’est du moins ce qu’Elizabeth Holmes promettait aux investisseurs qui se sont bousculés au portillon, permettant à la jeune femme – qui s’était lancée dans l’aventure Theranos à 19 ans, sans diplôme en poche – de devenir la première femme milliardaire de la Silicon Valley.

Supercheries en série

Des personnalités illustres, comme l’ex-secrétaire d’État américain Henry Kissinger ou le magnat des médias Rupert Murdoch, ont misé des millions sur Theranos, qui semblait alors être l’Apple des biotech. C’est en tout cas ainsi qu’Elizabeth Holmes vendait sa technologie, censée donner un coup de vieux à tous les laboratoires médicaux et leurs équipements coûteux.

La jeune PDG avait même poussé le vice jusqu’à copier le code vestimentaire de Steve Jobs, le célèbre fondateur d’Apple, et avait fait appel aux mêmes publicitaires qui s’étaient occupés des campagnes pour promouvoir l’iPhone.

Sauf que, contrairement au smartphone d’Apple, la machine miracle de Theranos – baptisée Edison – n’existait pas. Theranos réalisait une partie des tests promis en cachette, sur des machines commercialisées par des concurrents de la start-up.

Le château de cartes a commencé à s’effondrer en 2015, à la suite de fuites d’anciens employés de Theranos qui ont convaincu le Wall Street Journal de mener une enquête approfondie sur la prétendue technologie “révolutionnaire” de la start-up.

Après les révélations sur la “supercherie” de Theranos, les autorités sanitaires et judiciaires américaines ont resserré l’étau autour d’Elizabeth Holmes, qui a été accusée en 2018 d’avoir trompé les investisseurs.

Mais au-delà du cas Elizabeth Holmes, ce procès est aussi celui de la culture du “Fake it until you make it” (“Fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives”), assure le Washington Post. “Elle a longtemps surfé sur ce mythe de l’entrepreneur de génie qui conçoit les idées que les autres n’imaginent même pas”, écrit le journal américain.

En ce sens, Theranos n’a pu exister que parce qu’Apple, Google ou Facebook avaient ouvert la voie, ajoute le site Wired. Le succès réel de ces entreprises a créé le mythe que derrière chaque fondateur charismatique, il pouvait y avoir une idée révolutionnaire.

“Il existait ainsi une incitation pour les jeunes entrepreneurs à vendre du vent aux investisseurs dans l’espoir que l’argent levé permettrait, ensuite, de concrétiser les ébauches d’idées”, résume le Washington Post.

Une tendance particulièrement pernicieuse dans un domaine aussi sensible que les biotech qui peut avoir un impact réel sur la vie de millions de personnes. D’autant que les investisseurs n’ont, souvent, pas l’expertise pour juger de la faisabilité d’une idée, rappelle Wired.

La débâcle Theranos ne semble, en tout cas, ne pas avoir entraîné de remise en cause parmi les principaux fonds d’investissement, qui ont continué à miser des milliards sur les start-up de la biotech. Les montants investis dans ce secteur sont passés de 10 milliards de dollars en 2015 – date des premières révélations sur Theranos  à près de 30 milliards de dollars en 2020, souligne le Washington Post.

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