Jessica Long, abandonnée bébé en Sibérie et devenue championne de para natation aux États-Unis

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La nageuse américaine Jessica Long écrase la concurrence. Pour sa cinquième participation aux Jeux paralympiques, elle a remporté mardi sa 26e médaille. Sa vie est, depuis sa naissance, un combat. Née en Russie et atteinte d’une malformation congénitale, elle a été amputée à l’âge de 18 mois, après avoir été adoptée par un couple d’Américains. 

L’Américaine Jessica Long est une collectionneuse de médailles. Après avoir remporté, samedi dernier, à Tokyo, la finale du 200 mètres 4 nages, la championne de natation a décroché, mardi 31 août, une 26e médaille, en terminant deuxième du 400 mètres 4 nages. Elle compte désormais dans son palmarès paralympique 14 médailles d’or, sept en argent, cinq en bronze.

De la Sibérie au Maryland

La nageuse a façonné ce mental de gagnante depuis sa plus tendre enfance. Née sous le nom de Tatiana Olegovna Kirillova à Bratsk, en Sibérie orientale, elle souffre d’hémimélie fibulaire, une absence partielle ou complète de péroné. Abandonnée par ses parents qui ne sont alors que des adolescents, elle est ensuite adoptée par un couple d’Américains qui vit au Maryland, à l’âge de 13 mois. Cinq mois plus tard, elle est amputée pour pouvoir porter des prothèses. Au total, elle doit subir 25 opérations.

Malgré son handicap, ses parents adoptifs l’encouragent à faire du sport, comme de la gymnastique, du patinage, de l’escalade ou encore du trampoline. Mais c’est en natation qu’elle se révèle la meilleure. “Quand je suis dans la piscine, je n’ai pas l’impression de ne pas avoir de jambes”, a-t-elle raconté. “C’est dans cette discipline que j’ai pu calmer ma colère et ma frustration. C’est là où je me sentais libre et capable. Mon enfance a été difficile et douloureuse. Il y a des moments dont je ne me souviens pas car je faisais tellement d’opérations chirurgicales”, a-t-elle décrit pour SwinSwam podcast. 

La petite fille s’évade à travers la nage et s’avère très vite douée. En 2004, à seulement 12 ans, elle est sélectionnée pour les Jeux paralympiques d’Athènes. Elle enchaîne déjà les victoires et remporte trois médailles d’or. Quatre ans plus tard à Pékin, elle récidive avec quatre nouvelles médailles d’or, une en argent et une en bronze. D’année en année, la nageuse monte en puissance. À Londres, elle repart avec cinq médailles d’or, deux en argent et une en bronze.

Un an plus tard, elle fait aussi la rencontre de ses parents biologiques, qui n’avaient alors aucune idée qu’elle était devenue une grande championne. “Quand j’ai vu pour la première fois ma famille russe, j’ai voulu lui faire savoir que je n’avais pas de colère contre elle et que je n’étais pas fâchée d’avoir été confiée à l’adoption”, a-t-elle expliqué dans un documentaire diffusé lors des Jeux de Sotchi en 2014. “Je pense que c’était très courageux. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si j’avais été dans une telle situation, à 16 ans, avec un enfant handicapé dont je savais que je ne pourrais pas m’occuper.” 

L’échec de Rio

Apaisée sur le plan familial, Jessica Long connaît ensuite des déconvenues. De Rio, il y a cinq ans, elle ramène une médaille d’or, trois d’argent et deux de bronze. Un résultat insuffisant selon elle. Compétitrice dans l’âme, la nageuse vit ces Jeux comme un échec et comme “la chose la plus difficile” qu’elle ait jamais eu à vivre, comme elle l’a confié sur le site officiel des Jeux paralympique : “Tout ça a été très dur. Honnêtement, il y a eu beaucoup de jours sombres à mon retour de Rio, des jours où je n’étais pas sûre de vouloir continuer à vivre. Je suis tombée dans une dépression très sévère.”

Après cette expérience, Jessica Long décide de se concentrer sur sa santé psychologique. En octobre 2019, elle se marie. Mais très vite sa soif de victoires reprend le dessus. Malgré la pandémie, elle reprend l’entraînement en vue des Jeux paralympiques. Son histoire devient une source d’inspiration. En février 2021, lors du Super Bowl, l’un des événements sportifs les plus regardés au monde, une publicité de Toyota qui retrace son parcours est diffusée pendant la finale. “C’était merveilleux de pouvoir partager mon histoire et de rencontrer des personnes qui sont confrontées aux mêmes défis que moi. Et d’une certaine manière, c’est mon but d’être une source d’inspiration pour la prochaine génération et de la pousser à devenir les personnes qu’elles veulent être”, avait-elle déclaré à l’époque.

Plus motivée que jamais, la championne assure avoir changé de mentalité. Elle n’a désormais plus rien à prouver à personne. “J’entends souvent dire ‘tu dois gagner une autre médaille d’or’. Je n’ai pas d’obligation à le faire”, estime-t-elle. “Je m’entraîne, je fais ce que j’ai à faire et je connais la valeur de mon travail. J’ai retrouvé le plaisir de nager. Je ne veux pas terminer ma carrière sur Rio. C’est ce qui m’a poussée à nager à Tokyo. Mais je pense que je dois définir ce que sont mes réussites. Personne ne doit le faire à ma place.”

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