La Chine se lance dans l’étude de la pensée de Xi Jinping, les “Xiconomics”

Les plus hautes instances politiques chinoises ont décidé, lundi, la création d’une école pour étudier la pensée économique de Xi Jinping. Loin d’être anecdotique, c’est l’illustration de la place prise par les “Xiconomics” dans la Chine actuelle

Fonder une école pour étudier la pensée économique de Xi Jinping. C’est la décision prise, lundi 5 juillet, par le Comité central du parti communiste chinois, la plus haute instance politique du régime.

Ce centre d’études, qui doit ouvrir ses portes à Pékin l’an prochain, sera chargé de proposer des réformes économiques “basées sur les préceptes économiques de Xi Jinping”, précise le quotidien hongkongais South China Morning Post.

Des “outils de propagande”

Le président chinois deviendra ainsi le premier dirigeant de l’histoire du PCC dont les théories économiques seront analysées dans un institut prévu à cet effet.

L’établissement de ce “Centre de recherche sur la réflexion économique de Xi Jinping” viendra agrandir le réseau naissant de lieux consacrés à l’étude de la pensée du dirigeant chinois.

Ce phénomène a débuté en 2020 avec la création d’un centre d’études de la diplomatie de Xi Jinping. Puis, un autre institut, consacré à l’aspect juridique du règne du président chinois, a ouvert ses portes il y a un mois.

Xi Jinping devient ainsi une discipline académique à part entière. C’est “une manière pour le président de consolider son emprise sur tous les aspects de la vie publique”, affirme Alfred Wu, politologue au Lee Kuan Yew School of Public Policy de Singapour, interrogé par le South China Morning Post.

Tous ces centres sont “des outils de propagande afin d’expliquer aux gens ce qu’ils doivent penser”, résume Mary-Françoise Renard, spécialiste de l’économie chinoise à l’université Clermont Auvergne, contactée par France 24. Pour elle, ils sont l’expression de la volonté de Xi Jinping de réduire au maximum le risque de dissidence au sein du parti, en l’unifiant derrière sa personne et sa pensée.

À cet égard, le centre d’études consacré à l’économie tient une place toute particulière. La diplomatie et le droit appartiennent au domaine réservé traditionnel des présidents chinois. En revanche, “l’économie était laissée entre les mains des technocrates et des Premiers ministres”, rappelle Jean-François Dufour, directeur du cabinet de conseil DCA Chine Analyse, contacté par France 24.

Xi Jinping est le premier à clamer haut et fort que l’économie, c’est lui. Li Keqiang, son Premier ministre, “a échoué à s’imposer dans ce domaine, alors qu’il est pourtant docteur en économie”, rappelle Willy Wo-Lap Lam, spécialiste de la Chine pour la fondation Jamestown, un cercle de réflexion américain, dans un billet de blog publié en 2018.

La création de l’institut consacré à l’étude des théories économiques du président démontre ainsi que ce dernier va encore plus loin que ses illustres prédécesseurs dans la concentration des pouvoirs. Mais c’est aussi une manière pour lui de “reconnaître que dans un pays qui a tellement mis l’accent sur la croissance économique, le leader se doit d’incarner l’économie”, souligne Jean-François Dufour.

Les “Xiconomics” à l’assaut du monde

À tel point qu’il est devenu le premier dirigeant chinois à avoir droit à ses “nomics”. En Chine, il existe en effet des “Xiconomics”, au même titre qu’il y a eu des “Reaganomics” aux États-Unis ou des “Abenomics” au Japon (en référence à la politique économique de l’ex-Premier ministre Shinzō Abe).

Le terme remonte à 2016, lorsque le Quotidien du Peuple, le journal officiel du Parti communiste chinois, a publié une série d’articles à la gloire de la vision économique de Xi Jinping. Un an plus tard, le régime reconnaissait une valeur quasi-constitutionnelle aux “réflexions de Xi Jinping sur l’économie socialiste avec des spécificités chinoises pour une nouvelle ère”. Le Comité central du parti affirmait alors que les grands axes de ces Xicononomics “seraient codifiés d’ici à 2022”, rappelle Willy Wo-Lap Lam, dans son article pour la fondation Jamestown.

Soit dans les temps pour l’ouverture du “Centre de recherche sur la réflexion économique de Xi Jinping”. Le contenu de ces “Xiconomics” est cependant connu depuis longtemps. Ils “s’articulent autour de deux grands objectifs : la recherche d’une indépendance économique et le basculement vers une croissance qualitative”, détaille Jean-François Dufour.

Il s’agit, d’une part, de développer ses propres filières de production pour réduire les besoins d’importer des composants de l’étranger, tout en développant la consommation intérieure pour ne plus être un pays qui carbure seulement aux exportations.

D’autre part, la croissance “qualitative” nécessite de devenir des champions dans des filières plus “high tech” et d’être à la pointe de économie “verte”. C’est une manière de se départir de l’image d’atelier de confection du monde que la Chine traînait au début des années 2000. Un objectif illustré par la guerre technologique que se livrent la Chine et les États-Unis. 

Ces priorités “n’ont rien de nouveau puisqu’il s’agit des mêmes axes de développement économique adoptés par la Chine sous Deng Xiaoping [dans les années 1980]. Mais Xi Jinping les a intégrés dans une théorie économique globale”, note Jean-François Dufour.

Les “Xiconomics” recouvrent aussi une méthode. “Pour atteindre ces objectifs, Xi Jinping veut renforcer le poids du Parti communiste auprès des acteurs économiques”, explique Mary-Françoise Renard. Autrement dit, Xi Jinping n’a pas poussé beaucoup plus loin l’effort de libéralisation de l’économie mené par Deng Xiaoping, puis par Jiang Zemin.

Xi Jinping a été l’homme de la reprise en main de l’économie par l’appareil d’État. “On l’a vu avec le contrôle que le parti veut exercer sur les données personnelles à travers le bras de fer mené avec Alibaba, ou encore son désir de confier la création d’un e-yuan à la Banque centrale afin qu’il n’y ait pas de place en Chine pour une nouvelle monnaie numérique privée”, explique Mary-Françoise Renard.

Pour elle, cette volonté de Xi Jinping de remettre le parti au cœur de l’économie vient de l’analyse que le président chinois fait… de la chute de l’Union soviétique. “Il estime que le régime soviétique s’est effondré parce que le parti n’était plus assez présent dans l’économie”, affirme-t-elle. Un vaste programme pour le nouveau centre d’études sur les “Xiconomics”…

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