la hausse des prix va-t-elle durer plus longtemps que prévu ?

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Avec la hausse des prix de l’énergie et la reprise économique post-Covid-19, l’inflation est au plus haut depuis 30 ans dans la zone euro. Le phénomène, lié à des circonstances exceptionnelles, devait être passager. Mais il pourrait finalement s’installer plus durablement. 

C’est la bête noire des banques centrales, le cauchemar du consommateur : l’inflation, soit la perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui entraîne une augmentation générale des prix. Selon la première estimation d’Eurostat publiée mardi 30 novembre, le taux d’inflation dans la zone euro a atteint un niveau record à 4,9 % sur un an, une première depuis 1991.

Le chiffre peut paraître impressionnant mais banquiers centraux et économistes s’accordent depuis plusieurs mois à dire que le phénomène, lié à la sortie de la crise sanitaire et à la flambée des prix de l’énergie, ne devrait pas durer.

“Si l’on ne prend pas en compte le prix de l’énergie, l’inflation tombe à 2,5 % dans la zone euro”, explique à France 24 Stéphanie Villers, auteure de “Crise économique 2020 : vers un nouveau monde ?”. Pour l’économiste, “ce chiffre montre que l’inflation semble plus maîtrisée qu’à première vue.”

“Les pays développés connaissent en effet des taux inhabituels par rapport aux tendances déflationnistes des dix dernières années mais cela reste des taux assez contenus”, confirme Rémi Bourgeot, chercheur à l’IRIS et spécialiste de la mondialisation.

D’autant plus que le prix du baril dévisse enfin. Il est en chute de 20 % depuis la mi-octobre car la reprise épidémique en Europe et la découverte du variant Omicron pèse sur la demande d’or noir et sur l’activité économique.

Enfin, cette inflation record doit aussi être relativisée. La comparaison avec 2020, année où la pandémie a bouleversé tous les secteurs de l’économie, est faussée. Par rapport à 2019, l’inflation en zone euro est seulement de 2,3 % en rythme annuel.

“Le risque d’une inflation persistante”

La situation serait donc sous contrôle selon la Banque centrale européenne (BCE), qui maintient son objectif officiel à 2 % l’an prochain. “L’offre rattrapera progressivement la demande. Les marchés anticipent une baisse des prix de l’énergie l’année prochaine”, explique la BCE.

La crainte d’une inflation durable gagne pourtant les esprits. Mardi, Jerome Powell, le patron de la banque centrale américaine (Fed), a jugé que le moment était venu de cesser de parler d’une inflation temporaire aux États-Unis, comme il la présentait pourtant depuis des mois. “Clairement, le risque d’une inflation persistante a augmenté”, a reconnu le banquier central devant une commission du Sénat, faisant chuter les indices boursiers à New York.

Outre-Atlantique, la hausse des prix est au plus haut depuis 31 ans. Pour calmer le jeu, la Fed va actionner les deux leviers dont elle dispose : mettre un terme à sa politique de rachat d’actifs et sans doute relever ses taux d’intérêts dès la mi-2022.

Mais la marge de manœuvre des banques centrales est faible, selon Stéphanie Villers. “En cas d’emballement des prix des matières premières, les mesures prises par les banques centrales ne permettront pas d’inverser la tendance.”

En somme, relever les taux d’intérêt ne résoudra pas les déséquilibres entre l’offre et la demande, l’envolée des coûts du transport ou la pénurie de main d’œuvre, qui perturbent les chaînes logistiques depuis plusieurs mois.

>> À lire : La reprise de l’économie mondiale retardée par des pénuries inédites

Confrontées à l’incertitude liée à la valse des variants du Covid-19, les banques centrales semblent avoir sous-estimé la persistance de ces problèmes d’approvisionnement.

“Il ne faut pas perdre de vue qu’en Asie, certains pays ont toujours des stratégies zéro Covid”, rappelle auprès de France 24 Charles-Henri Colombier, analyste financier chez Rexecode. “En cas de contamination, il peut y avoir des fermetures de ports ou d’usines. Le fait que le Covid soit toujours là contribue en partie aux tensions sur les approvisionnements et l’inflation.”

“De nombreux schémas économiques sont devenus caduques car ils étaient basés sur des coûts de transports très faibles”, précise Rémi Bourgeot. “Aujourd’hui, dans le textile, il n’est plus question de produire au Bangladesh. On regarde plutôt en Égypte ou en Turquie, cela change beaucoup la logique industrielle.”

Boucle inflation-salaire

Les banques centrales avancent donc à tâtons en espérant que l’inflation finisse par se résorber courant 2022 grâce à la baisse des prix de l’énergie.

Mais peut-on réellement compter sur cette baisse pour garder l’inflation sous contrôle ? La question mérite d’être posée alors que la transition énergétique modifie les équilibres. “L’augmentation de la part du renouvelable dans le mix énergétique fait que la production d’électricité est beaucoup plus sensible aux aléas climatiques. Le manque de vent en Europe du Nord pour faire fonctionner les éoliennes et la sécheresse ont contribué à multiplier par six les prix du gaz et de l’électricité par rapport à la normale”, assure Charles-Henri Colombier.

Par ailleurs, d’autres facteurs pourraient permettre à la hausse des prix de jouer les prolongations et faire de ce choc transitoire un phénomène de long terme.

Ainsi, certains économistes craignent que la hausse des prix et les pénuries de main d’œuvre n’entraînent des revendications salariales de plus en plus nombreuses. Le risque est d’enclencher une spirale inflationniste avec une boucle “prix-salaires” incontrôlable : si les salaires augmentent, les entreprises font grimper leurs prix et ainsi de suite.

L’Allemagne a récemment ouvert la voie. La nouvelle coalition au pouvoir a annoncé une hausse de 22 % du salaire minimum. De quoi inspirer les syndicats et travailleurs qui réclament une augmentation des salaires en France ou encore en Espagne, pays dans lequel d’importants mouvements sociaux ont débuté dans le secteur de la métallurgie et des transports.

Néanmoins, les salaires n’ont pas encore augmenté significativement dans le monde et pour le moment, aucune boucle inflation-salaire ne se profile à l’horizon.

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