La météorite EC 002, un vestige de l’enfance de notre système solaire

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Une météorite tombée dans le Sahara algérien s’est révélée être la plus vieille roche volcanique jamais retrouvée sur Terre. Elle date de 4,565 milliards d’années, soit seulement deux millions d’années après la naissance de notre système solaire. Un témoin unique de la formation des premières planètes.

Elle a traversé le temps et l’espace pour finir sa course dans le Sahara algérien, non loin de la ville d’Adrar. La météorite EC 002 est un très rare témoin des premiers temps de la formation de notre système solaire, révèle une étude à paraître mardi 16 mars dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS).

Vieille de 4,565 milliards d’années, cette roche est plus ancienne que la Terre elle-même, et n’a commencé son périple spatial que deux petits millions d’années après la naissance du système solaire, ce qui est dérisoire au regard de l’histoire de l’univers.

À 13 000 ans près

EC 002 “ressemble à une roche ordinaire, et quand on l’a découverte, en mai 2020, il y avait même des doutes sur le fait que ce soit une météorite”, raconte Jean-Alix Barrat, géologue à l’université de Bretagne Occidentale et auteur principal de l’article dans PNAS, contacté par France 24. 

Elle a une “apparence ocre et beige avec des cristaux vert, vert-jaune et parfois vert-brun”, peut-on lire sur la description officielle de cette météorite qui pèse environ 30 kg. Pas de quoi exciter la curiosité du néophyte.

Mais pour l’œil aguerri de Jean-Alix Barrat, qui a passé plus de vingt ans à étudier les roches extraterrestres, “il était clair qu’elle sortait de l’ordinaire. L’agencement des cristaux était particulier, et les minéraux qui s’y trouvaient l’étaient aussi”.

Il s’est alors associé avec des spécialistes du laboratoire national de recherche polaire de Tokyo, du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques de Nancy et de l’Institut de planétologie et d’astrophysique de Grenoble pour entamer le dur labeur d’estimer l’âge de la pierre.

Pour ces vestiges des temps immémoriaux, la datation au carbone 14 ne sert à rien. Il faut chercher des traces d’isotopes très radioactifs disparus aujourd’hui pour se faire une idée. En l’espèce, l’équipe de scientifiques a trouvé “des indices de la présence d’aluminium 26, qui n’existait qu’à l’époque de la formation du système solaire, et de magnésium 26”, note Jean-Alix Barrat.

Cet effort leur a permis de souffler les 4,565 milliards bougies de cette très vieille pierre “avec une marge d’erreur de 13 000 ans, ce qui est très peu”, précise le géologue français. Un résultat qui permet d’affirmer qu’EC 002 “est la plus vieille roche volcanique extraterrestre jamais retrouvée, et une météorite unique parmi les quelque 65 000 qui ont été découvertes sur Terre”, résume-t-il.

Un morceau de petite planète primitive disparue

EC 002 n’est pas seulement une paléo-antiquité unique en son genre. C’est aussi une fenêtre sur le passé pour mieux comprendre à quoi ressemblait les planètes au début de l’histoire du système solaire. Cette roche est, en effet, “le plus vieil échantillon de la croûte d’une planète dont nous disposons”, ajoute Jean-Alix Barrat. 

Les scientifiques qui l’ont analysée sont convaincus que cette roche provient d’une protoplanète, c’est-à-dire d’une petite planète primitive. Les caractéristiques de la météorite leur a permis de déduire la composition de sa croûte planétaire. Elle était poreuse avec des métaux alcalins “comme du potassium et du sodium”, précise le chercheur de l’université de Bretagne Sud. Cette météorite, une fois analysée, devrait permettre de “faire un croquis de l’une des premières planètes de notre système solaire”, affirme-t-il. 

Les auteurs de l’étude sont même allés plus loin, puisqu’ils ont réussi à situer à peu près la protoplanète sur la carte stellaire. “Elle était dans le système solaire interne, c’est-à-dire là où on trouve aussi la Terre et les autres planètes”, affirme Jean-Alix Barrat.

Si le géologue en parle au passé, c’est qu’il pense aussi que cette protoplanète a disparu sans laisser de trace, à part cette météorite. Il n’y a plus aucun astre présentant des caractéristiques similaires à celles de l’échantillon analysée, d’après les observations faites par ces chercheurs. Il n’y a dès lors que deux scénarios possibles : soit la protoplanète d’origine de la météorite a été détruite lors d’une collision avec un corps plus grand, soit elle a disparu en participant à la formation d’une nouvelle planète.

Ce qui rend les fragments retrouvés dans le Sahara d’autant plus précieux. Ces bouts de la météorite – il y en a une quarantaine, dont certains sont maintenant entre les mains de collectionneurs privés – sont les seuls vestiges d’un objet cosmique qui a pu assisté aux premiers levers du soleil sur notre système.

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