Le Dôme de fer israélien a tenu le choc face aux roquettes du Hamas et ses alliés

Le bouclier israélien antimissile n’a pas réussi à intercepter toutes les roquettes lancées par le Hamas et ses alliés durant le conflit qui a pris fin jeudi soir. Plusieurs experts interrogés par France 24 estiment cependant que son efficacité n’est pas remise en cause car il a dû faire face à des attaques d’une ampleur inédite.

Après onze jours de violences, de bombardements et de morts, les deux camps ont commencé à panser leurs plaies et compter les points. Israéliens et Palestiniens se sont réveillés, vendredi 21 mai, en constatant que le cessez-le-feu entré en vigueur dans la nuit semblait tenir.

Pour l’État hébreu, l’un des principaux tests de cette séquence militaire – outre les objectifs offensifs d’éliminer les combattants du Hamas – concernait l’efficacité de son célèbre bouclier antimissile, baptisé Dôme de fer.

Ce dispositif d’interception, composé de nombreux radars et batteries capables de lancer jusqu’à 800 missiles simultanément, a en effet été soumis à très rude épreuve. En onze jours, le Hamas et ses alliés ont lancé plus de 4 000 roquettes depuis la bande de Gaza, une intensité de tir sans précédent, ont indiqué les autorités militaires israéliennes

Plusieurs sont passées à travers les mailles très serrées de ce filet. Résultat : douze personnes ont trouvé la mort sur le sol israélien. De quoi écorner l’image d’un bouclier infranchissable que l’Occident peut avoir du Dôme de fer.

“Aucun système antimissile efficace à 100 %”

Néanmoins, “il faut rappeler qu’aucun système de défense antimissile ne peut protéger à 100 % car il y a trop de paramètres qui entrent en ligne de compte, comme la météo, le nombre de roquettes lancées depuis le camp ennemi ou encore si elles sont lancées de plusieurs lieux différents simultanément”, explique Alexandre Vautravers, expert en sécurité et en armement au Global Scientific Institute de l’Université de Genève, contacté par France 24.

D’ailleurs, l’armée israélienne semble avoir été satisfaite de l’efficacité de son Dôme de fer, soulignant qu’environ 90 % des roquettes tirées par le Hamas ont été interceptées, “ce qui signifie que les performances du système ont été très proches de ce que le constructeur (Rafael Advanced Defense Systems) avait annoncé dans son cahier des charges [lors de son déploiement en 2011, NDLR]”, précise le spécialiste suisse. En 2014, lors de la dernière guerre de Gaza, le Dôme de fer n’avait d’ailleurs pas fait mieux que ces fameux 90 %.

Mais “les chiffres autour de l’efficacité de ces systèmes de défense sont toujours controversés car les données rendues publiques sont limitées, ce qui ne permet pas de se faire une idée vraiment précise”, nuance Jean-Loup Samaan, chercheur associé au Middle East Institute de Singapour qui a travaillé sur les systèmes de défense israéliens, contacté par France 24.

Pour lui, ces 90 % sont “surtout un chiffre symbolique”. Concrètement, “ce qu’on a pu constater sur le terrain, c’est qu’il y a eu peu de dégâts et, donc, de ce point de vue, c’est plutôt une réussite”, estime ce spécialiste.

Éviter le recours aux opérations au sol

Le Dôme de fer a prouvé qu’il restait bien calibré pour faire face au danger qu’il a été conçu pour parer en priorité : les missiles à faible portée. “Son point fort réside dans sa très bonne capacité à intercepter des menaces relativement simples comme les roquettes utilisées par le Hamas”, rappelle Alexandre Vautravers. C’est tout le paradoxe de ce dispositif qui embarque toutes les dernières technologies de pointe imaginables pour intercepter les armes “low-cost” utilisées par le camp d’en-face.

Il semblerait aussi que le Dôme de fer a su contrer les drones “kamikazes” que le Hamas a utilisés durant ce conflit. Du moins, à en croire l’armée israélienne : là encore, il est difficile d’évaluer la véritable efficacité du système de défense israélien face à cette nouvelle menace à cause du manque de précisions des autorités israéliennes sur le nombre de ces drones lancés par la milice armée palestinienne.

L’efficacité de ce bouclier antimissile ne doit cependant pas être évaluée à l’aune des seules interceptions réussies. “Sa raison d’être est aussi d’éviter l’escalade militaire et de minimiser pour Israël le besoin d’avoir recours à des opérations armées au sol”, assure Azriel Bermant, spécialiste des questions de sécurité militaire au Moyen-Orient à l’Institut des relations internationales de Prague, contacté par France 24. À ses yeux, sans le Dôme de fer, l’armée israélienne aurait sans aucun doute mené des combats terrestres dans la bande de Gaza pour faire cesser les bombardements. “Le fait que le gouvernement israélien n’a pas ressenti le besoin de lancer une telle campagne qui aurait été humainement beaucoup plus coûteuse signifie que le Dôme de fer a bien rempli son rôle”, résume-t-il.

Risque de saturation du Dôme de fer

Il n’empêche que le bombardement incessant du Hamas a aussi souligné les limites de ce système de défense. D’un point de vue économique, d’abord, puisque chaque interception coûte entre 50 000 et 100 000 dollars, d’après diverses évaluations faites ces dernières années. En face, les roquettes Qassam tirées par le Hamas coûtent moins de 1 000 dollars par unité.

Mais surtout, “le Hamas a utilisé une nouvelle technique lors de ce conflit qui consiste à lancer un très grand nombre de roquettes en un très court laps de temps, ce qui a exposé l’une des faiblesses du Dôme de fer qui est que le système peut être saturé”, souligne Alexandre Vautravers, le chercheur de l’Université de Genève.

Dans les premiers jours du conflit, le mouvement armé palestinien a réussi à plusieurs reprises à lancer plus de 70 roquettes en moins de vingt minutes, souligne le Wall Street Journal. “C’est un rythme extrêmement élevé et il nous est très difficile d’y faire face”, a reconnu Uri Gordin, le major-général qui dirige le Commandement israélien du front intérieur, interrogé par le quotidien américain.

Le Dôme de fer a tenu le choc. Il n’en demeure pas moins que cette fragilité pourrait s’avérer problématique face à un ennemi dont la force de frappe serait plus importante. “L’inquiétude concerne le Hezbollah au Liban, qui dispose de dix fois plus de roquettes ayant une portée plus longue et qui sont plus précises”, résume Azriel Bermant. La milice chiite peut aussi tirer des missiles balistiques et le Dôme de fer “n’est pas conçu pour se défendre contre ce genre de missiles qui peuvent changer de trajectoire”, rappelle Jean-Loup Samaan, du Middle East Institute de Singapour.

D’où l’importance pour Israël, d’après cet expert, d’intégrer le Dôme de fer aux autres composants du système de défense développé par l’État hébreu. Car même si le pays doit une grande partie de sa réputation à ce bouclier antimissile, il s’est doté ces dernières années d’autres mécanismes – comme le dispositif Fronde de David – qui ont été conçus spécifiquement pour contrer des missiles de croisière. Ce dernier conflit avec le Hamas pourrait, d’après Jean-Loup Samaan, pousser les autorités israéliennes à accélérer la mise en réseau de tous ces systèmes pour éviter un débordement lors d’un futur conflit.

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