L’émouvant départ de Lionel Messi, un signe de plus du triste déclin du Barça

Lionel Messi se fait désirer à Paris, où sa signature pour le PSG est encore incertaine. Faute d’avoir les moyens de le garder dans ses rangs, le FC Barcelone a laissé partir un des plus grands footballeurs de l’histoire, peut-être le plus grand. Son départ retentissant illustre le déclin du club que la star argentine a longtemps incarné.

La star du football mondial, l’Argentin Lionel Messi, fait durer le suspense : il était attendue à Paris, lundi 9 août, où il pourrait s’engager en faveur du PSG, au dépens du Barça. Mais en milieu d’après-midi, le joueur était toujours chez lui, en Catalogne, avec son ami Luis Suarez et leur famille, comme l’ont constaté des journalistes de l’AFP. Ce recrutement serait le plus important de l’histoire du PSG qui appartient au richissime émir du Qatar.

L’ère qui a débuté par un instant iconique, en 2000, lorsqu’un jeune prodige argentin de 13 ans, un certain Lionel Messi, avait signé en faveur du FC Barcelone sur une serviette de table, s’est terminée lorsque, en larmes, il a confirmé qu’il quittait le club lors d’une conférence de presse, dimanche 8 août.

L’époque marquée par ses passes exquises, ses dribbles éblouissants et ses tirs d’une précision chirurgicale qui laissaient les gardiens de but aussi impuissants que perplexes – impossible pour les amateurs de football d’imaginer qu’ils puissent être l’œuvre d’un autre joueur que Lionel Messi, vêtu de l’inimitable maillot de son Barça bien-aimé – n’est plus.

La légende du football, âgée de 34 ans, a évité de donner des détails sur son avenir lors de la conférence de presse de dimanche, mais lorsqu’il a été interrogé sur un transfert au PSG, Messi a admis qu’il s’agissait d’une “possibilité”. 

Une situation financière “intenable” 

Dans une réponse reflétant l’émotion suscitée par l’annonce du départ de Lionel Messi, et pas seulement chez les supporters du Barça, l’entraineur du club, Ronald Koeman, a tweeté samedi : “Toujours difficile de comprendre que tu ne joueras plus pour le @FCBarcelone”.


Mais, hélas, d’un point de vue financier, il est aisé de comprendre pourquoi Messi ne jouera plus en Espagne. La pandémie de Covid-19 qui a durement touché les clubs, y compris ceux qui étaient financièrement bien gérées, en les privant durant de longs mois de jeu et de revenus de billetterie, a provoqué une perte de 487 millions d’euros au FC Barcelone.

Après plusieurs années de finances précaires, le club catalan s’est retrouvé ainsi à devoir faire face à près de 1,2 milliard d’euros de dettes, dont la plupart sont à court terme. Avec Messi dans ses rangs, la masse salariale de son effectif représentait 110 % de ses revenus.

“Nous ne respectons pas les règles du fair-play financier”, a admis, vendredi, lors de sa conférence de presse annonçant le départ de Messi, le président du club, Joan Laporta, en référence aux nouvelles régulations instaurées les règles du fair-play financier de la Liga.

“Leo voulait rester au Barca et nous voulions qu’il reste”, a-t-il précisé. Messi avait accepté une réduction de salaire équivalente à la moitié, le portant à près de 20 millions d’euros annuels, contre quelque 45 millions d’euros après impôts. Joan Laporta a déclaré qu’il aurait aimé se tenir face aux journalistes pour leur annoncer que l’accord était financièrement viable et que Messi resterait : “c’était le rêve de tout le monde”. Mais c’était un faux espoir.

Même “sans Messi, c’est compliqué, a confié Joan Laporta aux journalistes, les salaires des joueurs absorbant toujours 95 % des revenus, ce qui est “intenable”.

L’une des perspectives les plus excitantes pour les fans des Blaugranas en vue de la saison prochaine était l’arrivée de Sergio Aguero. Le redoutable buteur argentin avait accepté une réduction de salaire de 17 millions d’euros pour rejoindre son ami et compatriote Lionel Messi au Barça après une décennie passée sous les couleurs de Manchester City. Ironie de l’histoire, Sergio Aguero va devoir se remettre à la fois de la déception de ne pas jouer avec son ami en Catalogne et à la déception potentielle d’être trop cher pour être enregistré dans l’effectif du Barça.

L’humiliation infligée par le Bayern

La signature de Sergio Aguero était la dernière d’une série de décisions prises par Joan Laporta pour contenter et garder Lionel Messi au Barça. Ce dernier avait notamment laissé entendre qu’il voulait quitter le club à la suite de l’infamante défaite infligée par le Bayern Munich (8-2), en quart de finale de la Ligue des champions, en août 2020. Le capitaine de la sélection argentine avant exprimé au passage son profond mécontentement envers le prédécesseur de Joan Laporta, Josep Maria Bartomeu.

Lionel Messi a très mal vécu cette humiliation d’autant plus que le Barça avait été battu en huitième de finale par la Juventus, la Roma et Liverpool au cours des trois saisons précédentes. La Ligue des champions est “très difficile”, a-t-il déclaré aux journalistes, “mais il faut être compétitif”.


Les difficultés financières des Catalans et leurs problèmes sur le terrain sont intrinsèquement liés. Il aurait été presque impossible de maintenir les performances exceptionnelles de l’ère Josep Guardiola (2008-2012), couronnées par deux victoires du FC Barcelone en finale de la Ligue des champions contre le Manchester United de Sir Alex Ferguson.

Cependant, après avoir continué à remporter, avec style, des trophées en Espagne durant les dernières années, le Barca a commencé à s’affaiblir et à s’éloigner de l’élite européenne du football après avoir vendu Neymar au PSG pour la somme record de 222 millions d’euros en 2017.

Avec son jeu personnel et, parfois, ses sautes d’humeur, Neymar aurait dû être facilement remplacé – surtout avec la manne financière de son propre transfert. Mais le Barça a dépensé des sommes colossales pour des joueurs qui n’auront pas tenu leurs promesses, au point de mettre le club en difficulté. Le champion du monde français Antoine Griezmann (qui a coûté 120 millions d’euros) a rarement été performant à Barcelone, alors qu’il brillait à l’Atlético de Madrid et qu’il brille toujours avec les Bleus. De même, Philippe Coutinho (135 millions d’euros) n’a jamais à son niveau à Barcelone, alors qu’il faisait les beaux jours de Liverpool. Le Français Ousmane Dembélé (135 millions d’euros) ou le Brésilien Malcom (41 millions d’euros), pour ne citer qu’eux, n’ont pas non plus été à la hauteur des anciens piliers du Barça sous l’ère Guardiola.

Des anciens piliers – en particulier les maestros espagnols du milieu de terrain Xavi et Andres Iniesta – qui ont manqué bien plus encore que Neymar à Barcelone. Ces deux joueurs, qui ont rejoint le Barça lorsqu’ils étaient encore enfants et l’ont respectivement quitté en 2015 et 2018, ont incarné le style sacré du club : “recevoir, passer, offrir, recevoir, passer, offrir”, comme l’a un jour expliqué Iniesta. Ces deux-là ont fait de cette instruction faussement simple une forme d’art à l’efficacité dévastatrice.

Mais hélas pour lui, le centre de formation des Blaugranas, la célèbre Masia, n’a pas réussi à sortir les Messi, Xavi ou Iniesta du futur et le gouffre financier du club ne l’y a pas aidé.

“Je ne sais pas quoi dire”

Toutefois, la pire opération du Barça sur le marché des transferts a eu lieu au cours de l’été 2020, lorsque le club a vendu le serial buteur uruguayen Luis Suarez à l’Atlético Madrid pour la modique somme de 5,5 millions d’euros, afin d’alléger sa masse salariale. Lionel Messi s’est emporté contre la décision direction du Barça, s’adressant à son compère de l’attaque catalane dans un post Instagram public : “Tu méritais des adieux à la hauteur de ce que tu es : l’un des joueurs les plus importants de l’histoire du club […]. Tu ne méritais pas qu’ils te jettent dehors comme ils l’ont fait”.

Messi a eu raison : le sens du but de Suarez (21 réalisations la saison dernière) a propulsé l’Atlético au sommet de la Liga, remportée devant le Real Madrid, deuxième, et le Barça … troisième. C’est la première fois que le club catalan termine le championnat en étant ni premier, ni deuxième depuis 2007-2008, saison qui a précédé l’arrivée à la tête du club de Josep Guardiola, le mentor de Lionel Messi, qui a vu sa carrière décoller sous sa direction.

Le 16 mai, la défaite du FC Barcelone à domicile contre le Celta Vigo, qui n’est pas un cador du championnat, a cruellement mis en évidence la baisse de régime du club. Mais ce qui est encore plus cruel, c’est que ce match aura été le théâtre du dernier but de Lionel Messi sous les couleurs du Barça. Comme un éclair, il avait contourné la défense adverse pour placer une tête croisée dans le petit filet gauche, comme s’il ne faisait que placer la balle là où elle devait être. Pour n’importe quel autre joueur, un but remarquable, mais pour Lionel Messi, une affaire banale.

“Cette année, ma famille et moi étions convaincus que nous allions rester ici, à la maison – c’est ce que nous voulions plus que tout”, a déclaré le génie argentin lors de la conférence de presse de dimanche, tentant désespérément de ne pas pleurer.

“Je ne me suis toujours pas fait à l’idée de quitter ce club maintenant, de changer ma vie. J’aime ce club”, a-t-il poursuivi. “La vérité est que je ne sais pas quoi dire”, a-t-il ajouté, en larmes.

Alors que le monde du football pleure avec lui, la seule chose qu’il reste à souligner est peut-être de rappeler le palmarès et les statistiques de Messi à Barcelone. Des chiffres qui ont atteint des sommets et qui parlent pour lui : 10 titres de Liga, 4 Ligue des champions, 778 matchs pour le FC Barcelone et 672 buts inscrits.

 

Article traduit de l’anglais, à lire ici en version originale.



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