Margaux Pinot-Alain Schmitt, l’affaire de violences conjugales qui émeut le monde du judo

La championne olympique de judo Margaux Pinot accuse son entraîneur et compagnon Alain Schmitt de violences conjugales. En comparution immédiate, le tribunal correctionnel de Bobigny a relaxé ce dernier, qui nie les faits. Le monde du judo, à commencer par l’équipe de France, a apporté son soutien à la jeune femme.

“Que vaut leur défense calomnieuse face à mes blessures et le sang jonchant le sol de mon appartement ? Que manquait-il ? La mort au bout, peut-être ?” Sur son compte Twitter, Margaux Pinot ne décolère pas. Publiant une photo de son visage tuméfié, elle s’indigne de la relaxe d’Alain Schmitt qu’elle accuse de faits de violences conjugales.

Estimant “n’avoir pas assez de preuves de culpabilité” de violences de l’ex-membre de l’équipe de France de judo sur sa compagne, le tribunal correctionnel de Bobigny a relaxé Alain Schmitt lors d’une audience en comparution immédiate dans la nuit de mardi au mercredi 1er décembre.

Au procès, le ministère public avait dénoncé “des violences très graves, même pour un primo-délinquant”, de la part d’Alain Schmitt, et requis à son encontre un an de prison avec sursis.


Quelques heures après la relaxe, le parquet de Bobigny a annoncé à l’AFP faire appel. Et la championne olympique de la toute nouvelle épreuve mixte par équipes de s’exprimer sur les réseaux sociaux pour la première fois depuis les faits, survenus dans la nuit de samedi à dimanche.

“Dans la nuit de samedi à dimanche, j’ai été victime d’une agression à mon domicile par mon compagnon et entraîneur. J’ai été insultée, rouée de coups de poing, ma tête a été frappée au sol à plusieurs reprises. Et finalement étranglée. J’ai cru mourir”, décrit-elle. “C’est probablement le judo qui m’a sauvée. Et mes pensées sont aussi pour celles qui ne peuvent pas en dire autant.”

Des versions contradictoires à l’audience

Lors de l’audience, les deux partis ont déroulé des versions contradictoires. Alain Schmitt a nié “à 100 %” les faits qui lui étaient reprochés. À la barre, le visage marqué un œil au beurre noire, il a démenti avoir porté le moindre coup à sa compagne, décrivant plutôt une bagarre entre amants comme une “tornade”, à base de prises de judo et déclenchée par Margaux Pinot.

“C’était pas un combat de judo, c’était des coups de poing”, a protesté la championne olympique à la barre.

Margaux Pinot l’accuse de lui avoir asséné des coups, tiré les cheveux mais aussi d’avoir tenté de l’étrangler lors d’une altercation dans l’appartement de la jeune femme de 27 ans. Ses appels au secours ont alerté des voisins, chez qui elle a trouvé refuge avant l’arrivée des policiers vers 2 h 30. Souffrant d’ecchymoses et d’une fracture au nez, elle s’est vu prescrire dix jours d’ITT.

Contactée par l’AFP, l’avocate d’Alain Schmitt, Caroline Wassermann, a indiqué que son client accueille avec “sérénité” l’appel du parquet. “Ce n’est pas pour autant que la décision de la cour (d’appel) ne sera pas similaire à la décision de première instance.”

Le monde du judo “choqué” et “abasourdi”

La relaxe de l’entraîneur de judo et le témoignage sur Twitter de Margaux Pinot ont provoqué l’indignation de stars du judo français et de la Fédération mercredi, au moment où le parquet fait appel de la décision.

Dans un message de soutien à sa collègue en équipe de France, l’étoile féminine du judo français Clarisse Agbégnénou s’est dite “choquée” par la décision de justice.


“Je n’ai pas les mots pour exprimer tout ce qui se passe dans ma tête et mon corps en tant que femme face à ce que ma coéquipière Margaux Pinot a subi”, a tweeté la porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques de Tokyo.

“Nous sommes tous profondément touchés par ce que vient de subir notre coéquipière Margaux Pinot”, a abondé quelques minutes plus tard le triple champion olympique Teddy Riner.


Même son de cloche à la Fédération française de judo : “On a été abasourdis, on a pris un KO par la décision”, a confié son président Stéphane Nomis à l’AFP dans la soirée.

“Ça fait une journée que j’essaie de comprendre. Je ne comprends pas comment on peut dire qu’il y a une absence de preuves”, a estimé le dirigeant. “Je n’ai pas tout le dossier, mais quand on voit son état, j’ai du mal à comprendre que quelqu’un puisse dire ‘absence de preuves’.”

D’après son entourage, la ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu a écrit à Margaux Pinot dès dimanche et est en lien permanent avec Stéphane Nomis, qui accompagne la championne de judo.

Une relation “sous emprise”

Le palmarès individuel de Margaux Pinot, qui a combattu dans deux catégories (-63 et -70 kg), comporte notamment une médaille de bronze mondiale en 2019, deux titres de championne d’Europe (2019 et 2020) et deux médailles d’argent continentales (2017, 2021).

Médaillé de bronze aux Mondiaux de 2013 (-81 kg), Alain Schmitt s’est reconverti comme entraîneur au Blanc-Mesnil où, outre Margaux Pinot, il entraînait Madeleine Malonga. L’entraîneur français avait prévu de partir en Israël prendre les rênes de l’équipe nationale féminine.

Un départ à l’étranger motivé par sa relation très compliquée ​avec Margaux Pinot, les deux évoluant au club du Blanc-Mesnil. ‘Il n’y avait que deux solutions, comme je l’ai dit pendant l’audience : qu’elle parte du club ou que je m’en aille. J’ai choisi de partir’​, a expliqué l’entraîneur dans l’Équipe.

La Fédération israélienne de judo a annoncé avoir suspendu tout contact avec lui après la décision du tribunal.

Du côté de Margaux Pinot, on évoque une relation vieille de quatre ans, jamais “officielle”. “Il y a sans doute eu plus de mal que de bien finalement”, juge la championne, dans une interview livrée au Parisien avant l’audience. “Mes amis, mes parents étaient pessimistes quant à cette relation où je me sentais contrôlée, sous emprise. J’ai essayé de me renseigner sur ce qu’était une relation normale, ce n’était pas une relation normale.”



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