Marine Johannès, la force pas si tranquille des Bleues du basketball

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Auteur d’un magnifique shoot en déséquilibre en fin de match contre l’Espagne en quart de finale des JO, Marine Johannès a permis aux Bleues de se qualifier pour le dernier carré. À 26 ans, la Normande est devenue l’un des piliers de l’équipe de France. La basketteuse brille en sélection, dans le championnat français et même en WNBA.

Il ne reste plus que 23 secondes à jouer. Les Bleues ne mènent que d’un petit point en quart de finale des JO de Tokyo face à leurs meilleures ennemies espagnoles. La tension est à son maximum et l’enjeu est de taille : se qualifier pour la finale des Jeux. L’arrière Marine Johannès récupère alors le ballon et éclabousse le match d’un tir dont elle a le secret. Sur un pied, en déséquilibre et au buzzer, elle marque avec la planche, donne trois points d’avance à son équipe et propulse la France dans le dernier carré. 

“Un panier à la Marine”, a décrit avec malice l’entraîneur tricolore au site de la Fédération française de basket après cette qualification au bout du suspense. “J’ai failli perdre la balle. J’ai tenté de la récupérer et je sentais que j’allais devoir tirer. J’ai visé la planche parce que c’est plus facile à 45°… et j’ai eu un peu de chance”, a pour sa part commenté humblement Marine Johannès.


Meilleure marqueuse de la rencontre avec 18 points, la basketteuse de 26 ans sait sortir le tir miracle au bon moment. La Normande originaire de Lisieux est pourtant connue pour être réservée. Bien loin des lumières, elle trace son chemin en toute discrétion, mais avec un talent rare. 

Elle découvre le ballon orange à l’âge de huit ans à Pont-Lévèque, le même club dont est issu Nicolas Batum, lui aussi qualifié avec l’équipe de France masculine pour les demi-finales à Tokyo. C’est un coup de foudre. “Le jour où Marine a découvert le basket à Pont-l’Évêque, c’était Jennifer, sa sœur, qu’on imaginait inscrire. Nos deux filles sont timides et on s’était dit que ça ferait du bien à Jennifer de pratiquer un sport collectif. Finalement, elle a continué la danse et le poney. Pour Marine, le charme a opéré immédiatement”, a raconté sa mère Géraldine Johannès à Ouest-France


“Le petit Mozart du basket français”

Adolescente, son talent crève déjà les yeux. “Elle transpirait le basket, elle ne vivait que pour le basket. Elle était capable de faire des dribbles dans le dos et des passes aveugles, autant de choses très rares à cet âge”, a décrit à Sport à Caen l’un de ses premiers entraîneurs, Samuel Vallée, qui la fait rejoindre le club de Mondeville. Les premiers titres s’enchaînent : championne de France UNSS, championne de France cadettes, vainqueure de la Coupe de France cadettes.

Lorsqu’elle est sélectionnée pour la première fois en équipe de France A en 2015 avec qui elle sera sacrée vice-championne d’Europe en 2017, 2019 et 2021, l’entraîneur de Mondeville Romain L’Hermitte la compare même, interrogé par le journal Liberté, à la star de NBA Stephen Curry : “Ils ont le même style de jeu, Marine joue comme un garçon. Il n‘y a pas son équivalent en France, même en Pro A chez les hommes. Même s‘ils sont plus physiques, personne n‘est capable de prendre des tirs comme elle (…) Marine ne fait pas le même basket que les autres. Quand elle joue, c‘est de l‘art. Elle a une aisance incroyable avec un ballon. C‘est le petit Mozart du basket français, elle récite des mélodies”.

Quelques mois plus tard, elle est recrutée par la prestigieuse équipe de Bourges et participe dans la foulée à ses premiers Jeux à Rio. Le monde découvre l’étendue de ses capacités ballon en main. Lors des demi-finales face aux États-Unis, en un dribble en ‘cross-over’ suivi d’un pas en arrière et d’un panier à trois points, elle laisse sur place Maya Moore, l’une des stars de la WNBA. 

Un passage en WNBA

La ligue américaine lui fait alors les yeux doux. En 2019, les Liberty de New York lui proposent de rejoindre la WNBA qui se joue l’été, de mai à août. Dès son premier match, elle frappe les esprits en inscrivant 10 points en 16 minutes. Même si elle n’a pu jouer aux États-Unis en 2020 pour cause de pandémie mondiale et en 2021 en raison des Jeux olympiques, elle espère bien retrouver les parquets américains à l’été 2022.

D’ici là, elle va continuer de porter le maillot du club de Tony Parker, le Lyon ASVEL féminin, avec qui elle a signé un contrat depuis deux saisons et surtout elle va tenter de propulser les Bleues en finale des JO. Malgré ses airs timides, elle sait apporter de l’énergie pile quand il le faut. Sur le terrain, elle a un tempérament explosif qui peut parfois lui jouer des tours. “Il faut qu’elle travaille pour garder son calme lors des moments un peu chauds d’un match”, avait expliqué son ancienne coéquipière à Bourges, Élodie Godin, comme le rapporte le site officiel des Jeux olympiques

Des frustrations sur lesquelles la joueuse travaille au quotidien. “J’essaie de me parler intérieurement et de me dire que ce n’est pas grave. Les actions s’enchaînent donc j’essaie de me dire que les prochaines se passeront mieux”, avouait-elle à la Fédération française de basket.

Une demi-finale au goût de revanche

Sur la route de la finale se dressent les Japonaises, une équipe déjà rencontrée en phase de poules. Les Nippones avaient remporté le match d’ouverture (74-70). Marine Johannès avait d’ailleurs semblé à la peine lors de cette rencontre en se contentant de cinq points en 16 minutes.

Deux semaines plus tard, la Normande affiche un autre visage et entend tirer des leçons de cette défaite. “On se souvient de ce premier match, ça n’a pas été évident. On a encore demain pour travailler et on enchaînera sur le Japon”, a-t-elle annoncé avec la sobriété qui la caractérise.

Les Bleues joueront leur troisième demi-finale de suite aux Jeux olympiques. En 2012, à Londres, elles avaient réussi l’exploit de se hisser en finale face aux États-Unis, où elles avaient décroché l’argent.



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