“Ocean Flower Island”, symbole de la folie des grandeurs du promoteur immobilier Evergrande

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Les autorités chinoises de la région de Hainan ont ordonné, lundi soir, au géant surendetté de l’immobilier Evergrande de détruire une partie de son complexe d’îles artificielles “Ocean Flower Island”. Un nouveau revers pour le promoteur, qui touche l’un de ses projets les plus symboliques.

Dix jours pour détruire 39 bâtiments couvrant près de 435 000 m² sur la plus grande île artificielle du monde. Le géant surendetté de l’immobilier chinois Evergrande a affirmé, mardi 4 janvier, qu’il comptait agir en “conformité avec l’ordre de démolition des autorités locales d’Hainan [région du sud de la Chine]”. 

Officiellement, la construction de ces immeubles a été faite en infraction des règles environnementales locales. Ces bâtiments seraient une menace pour les récifs coralliens de la région.

Trois îles artificielles sur 800 hectares

C’est un nouveau coup dur pour le groupe au bord de la faillite qui tente depuis septembre 2021 de trouver des moyens pour rembourser les 300 milliards de dollars de dettes qu’il a accumulées. La cotation de l’action d’Evergrande avait même été temporairement suspendue, lundi, pour éviter que l’annonce de l’ordre de démolition ne fasse encore plus sombrer son cours qui a déjà perdu plus de 80 % de sa valeur depuis un an.

Si cette nouvelle péripétie dans la saga Evergrande a suscité un tel regain d’inquiétude pour l’avenir du promoteur, c’est qu’elle affecte l’un des joyaux de son empire immobilier : le controversé projet “Ocean Flower Island”.

Il s’agit d’un ensemble de trois îles artificielles en forme de fleur qui doit à terme s’étendre sur 800 hectares, soit 1,5 fois la taille des fameuses Palm Islands de Dubaï. À bien des égards, ce chantier mêlant un complexe touristique, un quartier culturel et des immenses quartiers d’habitations symbolise plus que n’importe quel autre projet la folie des grandeurs des années fastes d’Evergrande.

L’évolution du projet “Flower Ocean Island”

Alors certes, le géant immobilier s’est empressé de préciser que l’ordre de démolition ne concernait qu’une partie des lotissements censés pouvoir accueillir cette année plus de 110 000 habitants. Mais le simple fait que les autorités de Danzhou, la ville dont dépend le “Ocean Flower Island”, aient décidé de sévir est, pour Evergrande, “une très mauvaise publicité qui va écorner davantage la confiance que les investisseurs pouvaient encore avoir”, a assuré à Bloomberg Kenny Ng, analyste pour Everbright Sun Hung Kai Co, une société chinoise de conseils financiers.

La municipalité de Danzhou avait, en effet, laissé pendant près de dix ans libre cours à la folie des grandeurs d’Evergrande. Alors même que dès le départ, en 2012, le projet d’”Ocean Flower Island” a été soupçonné d’être mené sans tenir compte de la réglementation sur la protection de l’environnement, et que ses promoteurs ont dû faire face à des accusations de corruption concernant l’obtention des permis de construire.

Mais il faut dire que la promesse d’Evergrande avec son “Ocean Flower Islands” avait de quoi faire saliver les autorités de Hainan, une province insulaire au sud du pays souvent présentée comme le “Hawaï Chinois”. Ces immenses îles artificielles rentraient parfaitement dans le grand dessein du gouvernement qui veut transformer cette région en capitale internationale du tourisme.

Des hôtels de luxe, un parc d’attraction et des controverses en série

Le promoteur avait promis de mettre 160 milliards de yuan (22,2 milliards d’euros) sur la table pour transformer le paysage maritime au large de Danzhou en complexe comprenant deux îles artificielles réservées aux logements et une immense troisième île tout entière dédiée aux divertissements et au tourisme.

Quand, en 2015, Evergrande pose la première pierre de son projet, il commence par son paradis artificiel pour touristes. Érigé sur l’île numéro 1, il comprend – pour un investissement de plus de 10 milliards de dollars – des hôtels de luxe, un centre commercial géant à l’Américaine, un parc aquatique, un parc d’attraction dans l’univers des contes de fées, un manoir pour célébrer des mariages, un jardin botanique et un gigantesque centre de conférence de 90 000 m². Les amoureux de culture ont aussi droit à un musée, plusieurs galeries d’art et un opéra.

Evergrande prendra cinq ans pour finaliser la construction de l’île numéro 1 et les 60 000 premiers logements. Entre temps, le gouvernement local de Hainan a imposé une amende de près de 30 millions d’euros aux promoteurs, dès 2015, pour des infractions aux règles d’attribution des permis de construction. Des autorités environnementales chinoises ont, de leur côté, voulu arrêter, dès 2017, la construction de certains logements car le chantier risquait d’endommager les écosystèmes marins, mais le maire de Danzhou est passé outre cet avis. Trois ans plus tard, cet édile local a été arrêté et condamné à la prison à vie pour corruption dans plusieurs dossiers dont celui d’”Ocean Flower Islands”.

Est-ce que le jeu en valait la chandelle ? En tous cas, le complexe touristique ne fait pas l’unanimité puisque il est arrivé, en 2021, en première place du top 10 des projets immobiliers “les plus laids en Chine”, note le Washington Post. En revanche, il a attiré du monde : depuis que cette caverne d’Ali Baba touristique flottante a ouvert ses portes en décembre 2020, elle a accueilli plus de cinq millions de visiteurs. 

Un succès qu’Evergrande aura du mal à confirmer en 2022. L’ordre de démolition concernant les 39 immeubles a été pris en parallèle à une injonction d’arrêter toute construction sur ces îles artificielles.

Pour le promoteur, ce n’est pas seulement un sérieux revers pour ses ambitions dans le tourisme. Cette obligation de détruire des bâtiments afin de préserver l’environnement le prive de biens qu’il aurait pu revendre pour tenter d’éponger une partie de ses 300 milliards de dollars de dettes. Cette décision aura aussi un impact plus global sur la valeur de tout le projet, souligne le Wall Street Journal, puisque l’injonction signale que les autorités locales ont décidé de faire primer la protection de la nature locale sur les projets immobiliers fous.

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