Quand plus de 20 tonnes d’une fusée chinoise reviennent sur Terre

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Le premier étage de la fusée Longue-Marche 5B doit faire son entrée dans l’atmosphère ce week-end. Des débris devraient s’écraser sur terre ou en mer. Mais on ne sait ni ou, ni quand. Pourquoi tant d’incertitudes ?

Ils feront probablement leur retour dans l’atmosphère dans la nuit du samedi 8 au dimanche 9 mai. Aux alentours de trois heures du matin, mais avec une généreuse marge d’erreur de 12 heures. Ce sont les dernières estimations du Programme européen de surveillance de l’espace à propos de la trajectoire des restes de la fusée chinoise Longue-Marche 5B, qui effectuent une descente “non contrôlée” vers la Terre depuis près d’une semaine.


Ce retour sur Terre est suivi de très près par toutes les agences spatiales du monde. La Maison Blanche a même indiqué, mercredi 5 mai, que la Nasa faisait tout pour ne pas perdre de vue les restes de la fusée chinoise. 

Environ 30 mètres de long pour plus de 20 tonnes

Longue-Marche 5B avait décollé en avril dernier pour installer dans l’espace la première pièce de la future station spatiale chinoise. C’est le premier étage de ce lanceur chinois qui retombe inexorablement vers l’atmosphère et se déplace actuellement en orbite autour de la Terre à une vitesse de plus de 27 000 km/h.

Ce débris spatial d’environ 30 mètres de long et qui pèse plus de 20 tonnes est l’un des plus importants à revenir sur Terre depuis plus de trente ans. Et personne ne sait où il va finir sa course précisément. D’où la crainte qu’il vienne frapper une zone habitée. L’an dernier, un débris d’une autre fusée Longue-Marche 5B s’était écrasé en Côte d’Ivoire, causant des dommages à plusieurs bâtiments. “Nous espérons qu’il tombera à un endroit où il ne fera de mal à personne, dans l’océan ou un endroit comme ça”, a précisé Lloyd Austin, le ministre américain de la Défense.

Pékin a peu apprécié cette sortie américaine à même d’entretenir un climat anxiogène autour du tombeau final des restes de sa fusée. “La probabilité de causer des dommages est extrêmement faible et la majorité des composants [de la fusée] seront brûlés et détruits lors de la rentrée dans l’atmosphère”, a précisé Wang Wenbin, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

La Chine n’a pas tort. Lorsqu’un objet spatial rentre à très grande vitesse dans l’atmosphère, la friction avec un environnement “toujours plus dense entraîne une forte chaleur à même de le détruire complètement”, précise le site Spacenews.com

C’est, en tout cas, ce qui se passe avec les petits débris. Mais pas forcément avec un engin de la taille du premier étage de la fusée Longue-Marche 5B. “En le comparant à d’autres objets analysés, on peut estimer que 20 % à 40 % de sa masse survivra au passage dans l’atmosphère”, estime Holger Krag, directeur du département des débris spatiaux à l’Agence spatiale européenne, interrogé par le Guardian. 

Ce sont donc jusqu’à près de 10 tonnes de restes de la fusée qui vont s’écraser sur Terre… ou en mer. “Soit l’équivalent du crash d’un petit avion dont les débris tomberaient dans un rayon d’environ 160 km”, précise Jonathan McDowell, astrophysicien au Centre d’astrophysique de l’université d’Harvard, interrogé par CNN.

Une question de probabilités

De quoi faire d’importants dégâts si une zone habitée était touchée. À l’heure actuelle, le lieu le plus probable du futur crash se situerait dans la région du Pacifique au niveau de l’équateur, soit une bande qui s’étend de la côte est de l’Afrique à la côte ouest de l’Amérique du Sud en passant par le nord de l’Australie, d’après l’Aerospace corp, une ONG californienne qui conseille l’administration américaine sur les questions spatiales.

Un calcul plus précis est impossible, car à la vitesse à laquelle les restes de Longue-Marche 5B se déplacent, la plus petite erreur d’évaluation du point d’entrée dans l’atmosphère peut entraîner “une différence de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres”, souligne Jonathan McDowell.

Pour lui, le risque d’un tel impact ne devrait plus être d’actualité en 2021. Dans les années 1970, au début de la conquête spatiale, des engins soviétiques et américains similaires en taille au premier étage de la fusée Longue-Marche 5B ont bien fait des retours fracassants dans l’atmosphère pour venir s’écraser sur Terre. Mais la technologie a fait suffisamment de progrès pour que “les agences spatiales puissent concevoir la partie centrale de leur fusée de telle manière qu’elle ne finisse pas en orbite autour de la Terre”, explique Jonathan McDowell. 

Ces engins sont alors laissés à la dérive loin de l’espace terrestre ou en orbite d’un autre astre comme la Lune. Ils peuvent aussi être équipés de propulseurs propres qui permettent aux équipes sur Terre de contrôler leurs descentes afin de “les diriger vers des zones maritimes loin de toute habitation”, note la BBC. Il existe même une zone géographique de prédilection pour ce genre d’opérations – baptisée le pôle d’inaccessibilité – “qui se trouve dans le Pacifique Sud entre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Amérique du Sud”, précise la chaîne britannique.

“Mais les Chinois semblent ne pas avoir voulu s’encombrer avec ces détails. Ils ont préféré miser sur les probabilités puisque plus de 70 % du globe est recouvert d’eau”, regrette Jonathan McDowell.

Et c’est un problème qui risque de s’accentuer au fur et à mesure que l’espace sera occupé par un nombre grandissant d’acteurs. De plus en plus de pays et de sociétés privées envoient des satellites ou des fusées dans l’espace, et la plupart du temps, les lanceurs y laissent des restes. “Il y a actuellement plus de 9 000 tonnes de débris dans l’espace, et le problème est qu’on n’a pas une cartographie précise d’où ils se trouvent tous”, note CNN. L’écrasante majorité d’entre eux sont trop petits pour passer l’obstacle de l’atmosphère s’ils venaient à retomber sur Terre. Mais que se passerait-il si davantage de pays aux ambitions spatiales naissantes venaient à imiter l’exemple chinois et acceptaient de jouer aux dés avec des débris spatiaux ?



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