Quel est le rôle de la crise au Kazakhstan dans la chute des cryptomonnaies ?

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La coupure d’Internet décidée, mercredi, au Kazakhstan en réponse aux manifestations contre le pouvoir a fait disparaître d’un coup près de 15 % des capacités mondiales de création de bitcoin. Une forte chute du cours des principales cryptomonnaies a suivi, mais dont les causes sont toutefois plus diffuses. Explications.

Conséquence inattendue de la crise au Kazakhstan : la vague d’inquiétudes suscitée chez les détenteurs de cryptomonnaies, dont les principales sont en chute libre depuis mercredi 5 janvier.

Alors que sur le terrain la répression s’intensifiait contre les manifestants, dont les protestations ont débuté à cause de l’augmentation du prix du gaz à pétrole liquéfié (GPL), des articles et messages se multipliaient sur les sites et forums spécialisés se demandant “si la situation au Kazakhstan allait empirer la dégringolade des cours” des cryptomonnaies ou encore “quel effet cette crise pouvait avoir sur le bitcoin”.

Deuxième pays pour le “minage” de bitcoins

Si ces interrogations peuvent paraître déplacées face à la situation sécuritaire au Kazakhstan, où des manifestants risquent leur vie, cette inquiétude illustre l’importance que ce petit pays d’Asie centrale a pris ces derniers mois dans l’écosystème des bitcoins et autres monnaies dématérialisées alternatives, très prisés des spéculateurs. La preuve : peu après la coupure d’Internet imposée mercredi dans tout le pays, ce sont plus de 13 % des capacités mondiales de “minage” de bitcoins qui se sont évaporées (le minage est la création de cryptomonnaies grâce à d’intenses calculs informatiques très gourmands en énergie).

Cette disparition “apporte la preuve définitive de ce qu’on supposait : le Kazakhstan est bel et bien devenu le deuxième plus important pays pour la création des cryptomonnaies [après les États-Unis, NDLR]”, souligne le magazine Fortune.

“On sait depuis avril 2021 qu’une baisse des capacités mondiales de ‘minage’ peut entraîner une forte chute des cours des cryptomonnaies, et c’est ce que les gens craignent aussi cette fois-ci”, rappelle Nathalie Janson, économiste et spécialiste des cryptomonnaies à l’école de management Neoma Business School, contactée par France 24. 

Au printemps de l’année dernière, Pékin avait décidé de bouter hors de Chine les nombreuses sociétés de ‘minage’ qui y avaient élu domicile. Cette chasse aux ‘mineurs’ – décidée pour des raisons environnementales et pour favoriser la devise électronique chinoise officielle – avait entraîné une chute de près de 50 % du prix du bitcoin en deux mois.

Cet exode forcé est d’ailleurs à l’origine de la montée en puissance du Kazakhstan dans cet écosystème. “Ces entreprises cherchaient des endroits où l’électricité nécessaire à faire tourner leurs nombreux ordinateurs n’était pas trop chère, et le Kazakhstan – riche en pétrole et où les tarifs de l’énergie sont contrôlés – apparaissait comme le candidat idéal”, souligne The Block, une société d’analyse des tendances sur le marché des cryptomonnaies. Plus de 110 nouvelles sociétés de “minages” avaient demandé une autorisation pour s’installer au Kazakhstan entre juillet et décembre 2021.

Raz-de-marée de mauvaises nouvelles

Mais cette fois, la situation est différente. “Il ne faut pas pour autant croire que la chute des cours depuis hier est directement liée à la coupure d’Internet au Kazakhstan. Ces baisses ont bien plus à voir avec les décisions prises hier par la Réserve fédérale américaine (Fed)”, assure Vincent Boy, analyste chez IG France, contacté par France 24. Jerome Powell, le président de la Fed, a en effet annoncé, mercredi, un resserrement de la politique monétaire américaine. “Cela signifie la fin du contexte d’argent coulant à flots qui avait facilité les prises de risques comme les investissements dans les cryptomonnaies”, explique Nathalie Janson.

Cette économiste estime, cependant, que la crise au Kazakhstan a pu “accentuer la tendance à la baisse”. C’est, en effet, “la première fois qu’un événement géopolitique affecte directement et brutalement un acteur important de cet écosystème. Cela a pu ébranler la confiance des investisseurs”, précise Nathalie Janson. La situation au Kazakhstan aurait, dans cette hypothèse, servi de révélateur de certaines faiblesses auxquelles les investisseurs ne pensaient pas forcément.

D’autant plus qu’au même moment, le gouvernement du Kosovo décidait d’interdire le “minage” de bitcoins pour tenter de faire des économies d’énergie dans un contexte de flambée des prix du gaz. Ce petit pays est loin d’avoir l’importance du Kazakhstan sur la carte des cryptomonnaies, mais “le ‘minage’ y devenait de plus en plus populaire, notamment dans le nord du pays auprès des jeunes”, explique la BBC britannique. 

Entre la Fed, le Kazakhstan et le Kosovo, c’est donc une sorte de raz-de-marée de mauvaises nouvelles qui s’est abattu sur les cryptomonnaies. Impossible pour autant de savoir précisément à quel point les événements au Kazakhstan ont contribué à la chute du bitcoin car “on n’a pas de précédent pour comparer les courbes”, note Nathalie Janson.

En revanche, il sera intéressant, selon elle, “de voir à quel point ces sociétés de ‘minage’ vont rapidement trouver une alternative pour reprendre leurs activités”. Cette capacité à rebondir rapidement ou non est aussi un point qui intrigue Vincent Boy, l’analyste d’IG France. Pour lui, cette crise peut être considérée comme le premier “test grandeur nature de la réaction des acteurs de cet écosystème et des investisseurs face à un événement brutal et inattendu”.

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