Sadio Mané, de Génération Foot au Sénégal jusqu’au ballon d’or Africain

L’ascension fulgurante de Sadio Mané de sa Casamance natale à Liverpool doit beaucoup au partenariat entre l’association Génération Foot au Sénégal et le FC Metz. Une filière qui a lancé sa carrière vers les sommets.

Premier Sénégalais à remporter la Premier league, premier Sénégalais à dépasser la barre des 100 buts dans le championnat d’Angleterre, premier Sénégalais à marquer en finale de Ligue des champions… Sadio Mané sera-t-il aussi le premier Sénégalais à soulever un trophée en tant que capitaine des Lions de la Teranga ? Alors qu’ils vont lancer leur Coupe d’Afrique lundi 10 janvier face au Zimbabwe, retour sur le fabuleux destin de la star de Liverpool.

Une fugue pour percer

Né à Bambali, dans une communauté rurale du sud de la Casamance, Sadio Mané se passionne vite pour le football. Cependant, son père, imam local, ne croit pas du tout au rêve de son fils. Au point que Sadio Mané fera une fugue pour aller tenter sa chance à Dakar. Une tentative avortée qui se termine par un pacte avec sa mère : il pourra jouer au foot, à condition de continuer ses études et de rester un bon musulman.

À l’âge de quinze ans, il part à nouveau dans l’espoir de se faire repérer, avec cette fois la bénédiction familiale. À M’bour à 80 km au sud-est de la capitale, un détecteur de talents locaux repère Mané qui commence à participer aux “navetanes”, les championnats de football de quartier. On lui propose de passer des tests organisés à Dakar.

Les stars africaines de Premier League

“On organisait des tests à l’école de police de Dakar. Mon collaborateur à M’Bour avait ramené ses quatre meilleurs joueurs. Parmi eux, il y avait Sadio Mané. J’ai formé deux équipes avec des nouveaux pour jouer un match. Je l’ai fait jouer numéro 10”, se rappelle Jules Boucher, alors recruteur pour l’association locale Génération Foot, interrogé par France 24. “Au bout de quinze minutes, c’est lui qui m’avait fait la plus grosse impression. J’ai arrêté le jeu. J’ai dit à mon collaborateur : ce gamin-là, s’il est bien encadré, il pourra devenir un super joueur.”

Le talent de Sadio Mané saute immédiatement aux yeux du recruteur : aisance technique, vitesse d’exécution et d’enchaînements, capacité de percussion… Au vu de ces qualités, Jules Boucher, également coach de l’équipe première de Génération Foot, le place sur le côté gauche de l’attaque, un poste qu’il occupe encore aujourd’hui à Liverpool.

Génération Foot, la mine d’or du FC Metz

L’association Génération Foot est une structure pionnière au Sénégal. À son origine, un homme Mady Touré. Reconverti en agents de joueurs après une carrière de footballeur écourté par une blessure, il se spécialise dans la détection de talents africains. Pour sa première proposition au FC Metz, il frappe fort : le Togolais Emmanuel Adebayor commence sa carrière européenne chez les Grenats. S’ensuivront d’autres talents comme Samba Sow ou Dino Djiba.

On est alors avant la réglementation de la Fifa interdisant les transferts de mineurs. Quand celle-ci survient, se pose la question du renouvèlement du partenariat entre l’association Génération Foot et le FC Metz. Alors que du côté de la Lorraine, le président historique Carlo Molinari passe la main à Bernard Serin, décision est prise de passer à la vitesse supérieure.

“Il fallait donc bâtir un véritable centre de formation sur place pour garder les talents jusqu’à leurs 18 ans. On a décidé d’investir dans les infrastructures”, explique Bernard Serin, président du FC Metz, interrogé par France 24.

Sur les bords du lac Rose où Mady Touré déniche un terrain, le FC Metz fait sortir de terre un vaste complexe pour servir d’académie de football : un stade avec tribunes pour disputer le championnat, des terrains d’entraînement, une école, un internat. Le club messin nomme Olivier Perrin manager général du projet et suit quotidiennement les progrès des pépites dénichées.

Parallèlement, Génération Foot débute le championnat professionnel sénégalais en troisième division mais grimpe rapidement les échelons en s’appuyant sur ses jeunes talents. Avec Sadio Mané dans ses rangs, il monte en deuxième division. Si le joueur sénégalais rejoint le club messin à l’issue d’une petite saison à Génération Foot, l’équipe professionnelle continue son ascension sans lui : elle évolue aujourd’hui dans la première division du championnat qu’elle a remporté à deux reprises. 

Un regret messin

Dans l’Est de la France, l’adaptation chez les Grenats se fait au ralenti. Diminué physiquement par une pubalgie datant de la saison précédente, la nouvelle recrue ne fait pas immédiatement des étincelles pour ses débuts avec les U19 puis la réserve du FC Metz. En revanche, il brille immédiatement chez les pros.

“Le potentiel de Sadio Mané nous a sauté aux yeux dès la minute où il a mis le pied à Saint-Symphorien. Je m’en souviens parfaitement. C’était un match contre Bastia en janvier. Il a éliminé deux joueurs sur sa première prise de balle avant d’obtenir un penalty. C’était extraordinaire pour quelqu’un qui faisait ses débuts dans le football professionnel européen. Les qualités étaient là”, se remémore Bernard Serin. “Il n’a fait que 11 ou 13 matches avec nous et pourtant il a été sélectionné dans l’équipe olympique et dans l’équipe A du Sénégal !”

Sadio Mané aurait pu faire les beaux jours du FC Metz. Cependant, cette année-là, le club est relégué pour la première fois de son histoire en National. Son statut de club professionnel en danger et au bord de la faillite, le club doit vendre pour survivre. Il se résout au dernier jour du mercato à se séparer de sa pépite sénégalaise qui est acheté 4 millions par le RB Salzbourg. Cette année-là, Metz laisse aussi partir Kalidou Koulibaly, désormais cadre de Naples et partenaire de Mané en équipe nationale.

“C’est un regret de l’avoir vu partir si vite. Comme Kalidou Coulibaly. Si on avait pu les garder, ils auraient pu faire le bonheur des supporters pendant quelques années”, soupire Bernard Serin.


En Autriche, Sadio Mané continue son ascension. Il s’impose rapidement comme titulaire indiscutable, disputant 87 rencontres et inscrivant 45 réalisations, dont trois triplés. Il termine la saison 2013-2014 comme meilleur buteur du club avec quinze buts toutes compétitions confondues. Il remporte à deux reprises le championnat et découvre pour la première fois la Ligue des champions.

Southampton s’intéresse à lui et il part donc découvrir à 23 ans le championnat anglais, réputé comme le plus exigeant d’Europe. Ses bonnes performances sont une fois de plus remarquées, notamment par Jürgen Klopp qui réclame son arrivée à Liverpool.

Trente-six millions d’euros et un statut de joueur africain –à cette époque le plus cher de l’histoire plus tard, Sadio Mané devient le troisième sénégalais à porter la mythique tunique rouge après Salif Diao et son idole de jeunesse El-Hadji Diouf.

Aux côtés de Mohamed Salah et de Roberto Firmino, il fait partie d’un trident offensif redoutable qui met à mal toutes les défenses d’Angleterre et d’Europe. Les titres ne tardent pas à suivre : Ligue des champions 2019, mondial des clubs 2019 et championnat d’Angleterre 2020.

En sélection, Sadio Mané a notamment porté les Lions de la Téranga jusqu’en finale de la Coupe d’Afrique des nations 2019. Auteur de trois buts et d’une passe décisive en six rencontres, l’attaquant des Reds reste néanmoins muet face à l’Algérie en finale et laisse échapper ses rêves de sacre continental. Il se consolera tout de même avec le titre de meilleur joueur africain de 2019, devant ses rivaux Mohamed Salah et Riyad Mahrez.

Génération foot, l’ossature du Sénégal

Un Sénégal qu’il n’oublie jamais. Lors de la finale de la Ligue des champions perdue face au Real Madrid en 2018, l’attaquant de Liverpool a offert 300 maillots des Reds à son village natal de Bambali. Sadio Mané a aussi financé l’extension du lycée de sa ville natale et se rend régulièrement à Génération foot où un des bâtiments de logement porte son nom.

Du côté du club sénégalais et du FC Metz, on se félicite de la réussite du partenariat qui, au fil des années, a permis l’éclosion de Habib Diallo, Ismaïla Sarr (Watford), Habib Diallo (Strasbourg) ou encore Pape Matar Sarr (Tottenham).

Malgré la concurrence émergente du Dakar Sacré-Cœur (partenaire de l’OM) ou l’institut Diambars (avec l’OM), Génération Foot conserve une longueur d’avance : “Notre modèle a fait ses preuves. On a été deux fois champions, on a joué la coupe d’Afrique. Notre académie a une attention particulière. Quand on regarde l’équipe nationale du Sénégal, sur les 10 joueurs de champs, 5 sont issus de notre partenariat. Cela fait beaucoup pour la visibilité et l’attractivité de l’académie”, loue Bernard Serin.

“Le partenariat Génération Foot – FC Metz a permis d’améliorer la qualité du football sénégalais”, note Salif Diallo, grand reporter et chef du service des sports de l’Agence de presse sénégalaise (APS), joint par France 24. “Génération Foot est la colonne vertébrale des sélections du Sénégal. C’est vrai dans cette génération mais aussi dans celle à venir”.

Si le Sénégal soulève son premier trophée, le succès reviendra en grande partie à Génération Foot.



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