Samir Aït Saïd, le gymnaste qui revenait de loin

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Porte-drapeau de la délégation française, le gymnaste Samir Aït Saïd entre en lice samedi aux JO de Tokyo. Privé de Jeux à Londres, puis gravement blessé il y a cinq ans à Rio lors d’un saut, ce spécialiste des anneaux est un exemple de courage. Plus fort que jamais mentalement, il espère enfin décrocher une médaille olympique.

L’image avait fait le tour du monde. Allongé au sol, le visage entre les mains, la jambe brisée en équerre, Samir Aït Saïd avait été victime d’une blessure spectaculaire en 2016 à Rio. Le gymnaste avait vu ses rêves olympiques s’envoler après une mauvaise réception sur un saut et une double fracture tibia-péroné. Déjà absent à Londres en raison d’une précédente blessure, beaucoup lui avaient prédit la fin de sa carrière.

Samir Aït Saïd évacué après sa blessure lors des JO de Rio, le 6 août 2016.
Samir Aït Saïd évacué après sa blessure lors des JO de Rio, le 6 août 2016. Antonin Thuillier, AFP

Cinq ans plus tard, celui qui a été désigné porte-drapeau de la délégation française aux côtés de Clarisse Agbegnenou a fait un pied de nez au destin en réalisant un salto arrière, vendredi 23 juillet, lors de la cérémonie d’ouverture. “C’est une fierté de porter toute une nation et une pseudo-revanche”, a commenté le gymnaste, dont la capacité de rebond et la volonté sont unanimement saluées.


“J’ai des étoiles dans les yeux”, a-t-il ajouté, promettant de “ne pas s’éparpiller” et de “rester focalisé sur mon job”, la médaille, alors qu’il commence samedi sa compétition au lendemain de la cérémonie d’ouverture. “Porte-drapeau, c’est magnifique, mais je veux aller là-bas pour être champion olympique”, avait-il déjà confié à l’AFP un mois et demi avant Tokyo, dans le gymnase d’Antibes où il s’entraîne.

Malgré les épreuves, ce spécialiste des anneaux, champion d’Europe en 2013, est un symbole de résilience. Il a toujours le sourire au coin des lèvres. “La vie, c’est les montagnes russes”, a-t-il coutume de dire. “On peut avoir des gros coups du sort, le but, c’est de se battre et d’atteindre les objectifs, coûte que coûte”, insiste-t-il.

Le sportif, qui pratique aussi des sports de combat, n’a pas pour habitude de baisser les bras. “C’est un ‘niaqueur'”, résume son entraîneur depuis 2015, Rodolphe Bouché. Avec toute une équipe, il l’a remis sur ses deux pieds un peu plus d’un an après sa fracture à la jambe, à coup d’entraînements sur le sable, de steps dans les escaliers, tout cela assorti d’une diète.

Mais la vie a continué à s’acharner. Après sa terrible blessure à Rio, Samir Aït Saïd a perdu son père, atteint d’un cancer, et sa mère a été victime d’un accident. Le gymnaste s’est même retrouvé dans “le dur financièrement”.

“Une leçon de vie”

Sur le plan sportif, il a repris la compétition en 2017 et essuyé une déception aux Mondiaux de Montréal, où il a fini quatrième à 8 millièmes de la troisième marche du podium. En 2019, aux Mondiaux de Stuttgart, il a arraché le bronze et sa qualification pour les Jeux de Tokyo. Pour Brigitte Henriques, nouvelle patronne du Comité olympique français, “c’est une leçon de vie à lui tout seul”. “La volonté est sa grande qualité”, en plus de “sa force physique” et son “explosivité”, explique Philippe Carmona, entraîneur qui le connaît depuis petit. C’est “une forte personnalité”, ajoute Yann Cucherat, ancien directeur du haut niveau masculin. “C’est aussi cela qui lui permet d’être un grand champion”, précise-t-il. En plus d’être “tenace” et “un mec de défis”, physiquement “il est très fort, il a des fibres (musculaires) de sprinteur”, éclaire également son coach.

En mars, le tendon d’un de ses biceps a crié “au secours”, d’où son absence aussi aux Championnats d’Europe fin avril. Mais Samir Aït Saïd a repris l’entraînement doucement et utilise depuis une technique d’occlusion sanguine, qui permet de faire travailler les muscles “avec des charges plus légères”.

Alors que les JO ont été reportés d’un an en raison de la pandémie, il trépigne d’impatience à l’idée d’enfin toucher son rêve. “Beaucoup m’ont en quelque sorte enterré après Rio”, raconte-il. Même s’il n’a pas oublié les images glaçantes de sa blessure, il n’y pense pas tout le temps. “Je me suis pété une jambe, j’ai été au bloc, on me l’a remise droite, fin”, a-t-il expliqué à RMC Sport. Au-delà de la douleur, cette chute est devenue un moteur. Il garde surtout en tête son échec : “J’ai été touché de ne pas avoir eu ma médaille.”


À Tokyo, il aura notamment comme rival aux anneaux le Grec Eleftherios Petrounias, champion olympique en titre, lui aussi porte-drapeau de la délégation de son pays. Face à lui, il espère tenir la promesse faite à son père, disparu en 2019, et à sa fille, née il y a quelques mois : devenir médaillé olympique. Mais cette compétition n’est pas une fin en soi. Le gymnaste, né à Champigny-sur-Marne, entend terminer sa carrière dans trois ans “là où tout a commencé”, à Paris, lors des JO-2024.

Avec AFP



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