“Techniquer”, “pourriel”… le “Dictionnaire des francophones” se veut à l’écoute du monde

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Que les francophones, francophiles, linguistes, curieux et amoureux de la langue française se réjouissent : un “Dictionnaire des francophones” vient de paraître à l’occasion de la semaine de la francophonie. Une entreprise inédite.

En 1635, le cardinal Richelieu passait une commande publique en vue d’un dictionnaire du bon usage du français auprès de la toute jeune Académie française – le premier “Dictionnaire” de l’Académie sera achevé en 1694. En 1962, le général de Gaulle confiait au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) le soin de produire le “Trésor de la langue française”. En 2021, Emmanuel Macron obtient le “Dictionnaire des francophones”, faisant de lui le troisième dirigeant français à l’initiative d’un tel ouvrage.

Mais à la différence de ses prédécesseurs, ère du numérique oblige, ce dictionnaire est uniquement disponible sur Internet et une application mobile gratuite. “Le numérique a été inventé pour la francophonie, s’enthousiasme Bernard Cerquiglini, professeur de linguistique et président du Conseil scientifique du “Dictionnaire des francophones”, dans un entretien accordé à France 24. Car le numérique est à l’image de la francophonie, mondialisé et en perpétuel mouvement.”

Chacun a son mot à dire

Le chef de l’État, qui déclarait le 11 octobre 2018, au sommet de la Francophonie à Erevan, en Arménie, vouloir dépoussiérer un “espace fatigué”, pour en faire une “francophonie de résistance et de reconquête”, détient donc sa nouvelle arme. Une arme massive que les 300 millions de francophones du monde entier pourront alimenter, car il s’agit d’un outil “participatif”, “évolutif”, “cumulatif” et “décentré”, précise le linguiste. “Pas question de faire de la francophonie un endroit ennuyeux réservé aux savants. Le purisme n’est pas le meilleur serviteur du rayonnement mondial de la francophonie. Il fallait donc un outil ouvert, généreux pour une francophonie joyeuse, c’est désormais chose faite.”

Si l’outil numérique a été présenté en avant-première mardi 16 mars, il ne manquera pas d’être évoqué samedi à l’occasion de la Journée mondiale de la francophonie. Ce nouveau dictionnaire est “un appel à tous ceux qui parlent le français sur les cinq continents à s’emparer d’un bien qui est incontestablement le leur”, a résumé lors d’une cérémonie à Paris la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot.

Une “pause-carrière”, de “l’eau à ressort”

Présente mardi à la présentation, Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie, n’a pas attendu pour l’enrichir. Elle a ainsi suggéré le verbe “techniquer“, qui signifie, au Rwanda, “fabriquer une solution ingénieuse avec peu de moyens”. Dans l’après-midi, Bernard Cerquiglini, qui s’y était engagé, a fait entrer l’occurrence rwandaise dans le nouveau dictionnaire.

Aux côtés de “techniquer”, on peut également trouver les termes de “pourriel” pour évoquer du courrier indésirable au Québec, le mot “pause-carrière” pour désigner un congé sabbatique en Belgique ou encore les expressions “lancer un chameau” pour parler d’une faute d’orthographe, ou “l’eau à ressort” pour désigner l’eau gazeuse en République démocratique du Congo. Ce sont, en tout, environ 500 000 mots et expressions qui ont été compilés en provenance de 52 pays et 112 localisations. À terme, Bernard Cerquiglini espère recueillir un million d’acceptions. “C’est quelque chose de tout à fait envisageable, quand on voit la richesse et la grande vitalité du français en Afrique ou au Québec. En France, on est davantage corseté par le bon usage du français, il y a donc moins de nouveautés, c’est dommage.”

Ouverture, avec modération

Si l’outil est ouvert à tous, il fait aussi l’objet d’une modération attentive. “Des équipes techniques, basées à Lyon, veilleront au contrôle des contenus pour éviter les propos odieux”, souligne le professeur émérite. Quant au reste, il reviendra au Conseil scientifique, composé de linguistes représentatifs de la francophonie, de se réunir régulièrement et bénévolement en comité de lecture, pour jeter un coup d’œil aux entrées et les reformuler si besoin. Pour eux, le travail ne fait donc que commencer.

Et les projets autour de ce dictionnaire ne manquent pas. “Plus tard, parmi les objets dérivés qui pourront naître autour de ce dictionnaire, pourquoi ne pas envisager une version papier ? Tout est possible !”, conclut le scientifique dans un sourire.

Ces projets pourront d’ailleurs s’effectuer aux quatre coins du globe, car le français est aujourd’hui davantage parlé hors de France que dans l’Hexagone. En 2050, l’Afrique sera le premier continent francophone. Comme le soulignait la romancière Leïla Slimani cette semaine : “La France, si elle a un rôle majeur à jouer, n’est plus le centre de la francophonie. Enfin, il n’y a plus de centre, ni de périphérie !”

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