Vanessa Nakate, militante écolo et porte-voix de l’Afrique

Encore inconnue du grand public il y a trois ans, la militante environnementale Vanessa Nakate assiste à la COP26 aux côtés de Greta Thunberg. Portrait de cette activiste ougandaise déterminée à faire reconnaître les intérêts de l’Afrique dans la lutte contre le dérèglement climatique. 

Au Forum économique mondial de Davos, en 2020, Vanessa Nakate, l’une des porte-parole de la génération climat, est photographiée aux côtés des activistes Greta Thunberg, Loukina Tille, Luisa Neubauer et Isabelle Axelsson. La militante environnementale, qui est la seule femme noire sur la photo, découvre qu’elle a été coupée et s’en indigne sur Twitter.


Cet épisode n’a fait que renforcer son combat pour une meilleure représentation des pays africains dans la lutte contre la crise climatique, un aspect qui sera au cœur des négociations à la COP26, qui a débuté dimanche 31 octobre, à Glasgow, en Écosse. 

Dès le début de la Conférence internationale pour le climat, Vanessa Nakate et Greta Thunberg ont publié une lettre ouverte aux médias, soulignant trois aspects fondamentaux de la crise climatique souvent minimisés : premièrement, le temps presse. Deuxièmement, il faut rendre justice aux populations les plus touchées par le dérèglement climatique, puis enfin le cas des plus gros pollueurs qui se cachent souvent derrière des statistiques incomplètes sur leurs véritables émissions.

Sécheresse à Madagascar, incendies en Algérie, invasions de criquets pèlerins en Afrique de l’Est, les événements climatiques se multiplient sur le continent, qui, selon l’ONU, est responsable de seulement 3 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone.

La jeune activiste soutient que les populations les moins responsables de la hausse des émissions font face au pire de la crise climatique. Un constat qu’elle présente systématiquement dans ses prises de parole et dans les médias. 

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“Lorsque vous allez dans le nord de l’Ouganda, les gens pleurent à cause des longues périodes de sécheresse, lorsque vous allez dans l’est du pays, les gens pleurent à cause des glissements de terrain et des inondations, et quand vous allez dans l’ouest, les gens pleurent à cause des inondations. Donc j’ai décidé de faire porter ma voix pour arrêter ces injustices qui affectent les populations et menacent leur accès à la nourriture et à l’eau dans mon pays”, résumait à France 24, en juillet dernier, la jeune femme, qui se présente comme une militante pour la “justice environnementale”. 

L’argumentaire de Vanessa Nakate s’aligne sur les prédictions alarmistes de l’ONU. “D’ici à 2030, on estime que jusqu’à 118 millions de personnes extrêmement pauvres (c’est-à-dire vivant avec moins de 1,90 dollar par jour) seront exposées à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique si des mesures adéquates ne sont pas prises”, alertait, dans un rapport publié le 19 octobre, Josefa Leonel Correia Sacko, commissaire à l’économie rurale et à l’agriculture de la Commission de l’Union africaine. 

Grèves et manifestations solitaires 

C’est d’ailleurs en 2018, alors que des inondations meurtrières frappent durement l’Afrique de l’Est, que Vanessa Nakate décide de s’engager dans la lutte contre le dérèglement climatique. Auparavant, cette étudiante de 24 ans, originaire de la capitale Kampala, était une parfaite inconnue. En découvrant Greta Thunberg et ses grèves scolaires chaque vendredi, elle décide de lancer les siennes en Ouganda, notamment en manifestant devant le Parlement. Mais elle se retrouve souvent seule, les grèves et manifestations sont interdites dans son pays. 


En relayant des photos de ces grèves, elle attire l’attention sur les réseaux sociaux. Elle est rejointe par d’autres militants et fonde Rise Up Mouvement, une organisation qui fédère des défenseurs environnementaux africains. Avec ce mouvement, la jeune femme, aujourd’hui diplômée en gestion des affaires, a lancé en Ouganda le projet “Vash Green Schools” pour installer dans les écoles rurales des panneaux solaires et des fours écologiques. 

Le combat de Vanessa Nakate l’incite à franchir les frontières de son pays, au Sommet de la jeunesse pour le climat à New York, à la COP25 de Madrid ou encore au début du mois d’octobre, lors d’un sommet organisé par l’ONU à Milan réunissant des jeunes militants pour le climat.

Déterminée à lutter contre les énergies fossiles, Vanessa Nakate s’empare aussi de l’enjeu lié à la préservation de la biodiversité, qui, dans le débat public, passe souvent au deuxième plan face aux questions climatiques. Le continent africain, où les populations vivent pour la plupart grâce à l’agriculture, abrite des écosystèmes menacés : glaciers, lacs, forêts ou encore de nombreuses espèces en voie de disparition. 

Dans une tribune, publiée jeudi dans le journal américain Time, Vanessa Nakate a tiré la sonnette d’alarme au sujet de la destruction de la deuxième plus vaste forêt tropicale de la planète après l’Amazonie : les forêts du bassin du Congo. “Plus j’ai découvert ce que subissait le bassin du Congo, plus je devenais inquiète et en colère. Pourquoi n’étais-je pas au courant de cela ? L’une des raisons est que les ressources financières mondiales, y compris les médias, sont concentrées au nord de la planète”, a-t-elle affirmé, dénonçant une couverture insuffisante, dans les médias, des événements climatiques qui touchent les pays du Sud. 


Plus d’argent pour le climat dans les pays du Sud

La solidarité financière à l’égard des pays en développement est, par ailleurs, l’un des enjeux de la COP26. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec), l’Afrique est en première ligne : le continent se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale et doit s’attendre à des pluies torrentielles, des sécheresses et des inondations. Les experts sur le climat appellent donc les nations africaines à se préparer aux effets du changement climatique, une notion plus connue sous le nom d'”adaptation au changement climatique”. 

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Pour Vanessa Nakate, aider les pays en développement à atteindre leurs objectifs de l’accord de Paris et à s’adapter aux impacts dévastateurs du dérèglement climatique ne suffit pas. Elle souhaite que les pays riches mobilisent de l’argent pour compenser les préjudices subis, une revendication largement partagée au sein des pays du Sud. “Les pertes et préjudices sont déjà là. Les dirigeants doivent le reconnaître et commencer à payer pour ces pertes et préjudices”, a-t-elle déclaré à l’AFP début octobre. 

Mais les pays riches sont encore loin des promesses formulées en 2009, lors de la Conférence climat de Copenhague. Ils s’étaient, en effet, engagés à porter à 100 milliards de dollars par an, en 2020, l’aide aux pays du Sud pour la lutte contre le changement climatique. Dix ans plus tard, l’aide atteignait 79,6 milliards, selon les derniers chiffres publiés en septembre par l’OCDE.



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